Un titre que j'avais en tête de lire depuis un moment, des mois en vérité, depuis qu'il a commencé à faire pas mal de bruit, et depuis qu'on me l'a offert. En revenant de Corée, c'était le premier que j'avais dans ma pile à lire et c'est effectivement lui que j'ai lu en priorité. Un livre dur et émouvant, je savais à quoi m'attendre, et je n'ai pas été déçue...
Premier roman de Adèle Yon, née comme moi dans les années 90, normalienne et chef de cuisine de profession, la jeune femme a toujours été obnubilée par la figure de Betsy dans sa famille. Son arrière grand-mère, dont peu de monde parlait, préférant taire son nom. L'autrice a donc enquêté sur sa propre famille pour nous donner "Mon vrai nom est Elisabeth", un livre au genre unique, entre récit, enquête familiale, l'essai, le road-trip. Une lecture bouleversante et clairement unique dans laquelle Adèle Yon livre la vie de cette aïeule au fur et à mesure qu'elle en découvre sur elle.
Elle interroge tout d'abord sa grand-mère, une des six enfants de Betsy, pour en savoir plus, mais celle-ci ne dit que peu de choses sur sa mère... Adèle ne se laisse pas démonter et décide d'interroger ses grands-parents dont son grand-père qui en sait tout autant que son épouse, ses cousines, ses grandes tantes et même le petit frère de Betsy lui-même. Bien plus jeune que Betsy désormais décédée, cet aïeul vient parler de cette grande-sœur de bien quinze ans de plus que lui pour lui raconter ce qu'il sait. Chaque récit se croise, l'autrice découvre des correspondances épistolaires entre André le mari de Betsy et Betsy. Elle ira jusqu'à interroger des soignants de l'hôpital psychiatrique dans lequel était internée Betsy durant 17 ans. Adèle s'interroge sur les raisons de cet internement aussi long.
Certains disent qu'elle était folle, d'autres fragiles. Le terme "schizophrénie" tombe. Le lecteur est alors plongé comme la jeune femme, dans le déroulé de la vie d'Elisabeth aka Betsy, s'étant mariée sans réel amour, fille de Louis et Louise ayant eu une grande fratrie, cette jeune femme magnifique qui rêvait de liberté et qui avait prévenu de ce besoin vital son futur époux André alors qu'il combattait à la guerre. Adèle retrouve des diagnostics médicaux et découvre que Betsy a subi une lobotomie, a une époque où cette pratique barbare, se faisait beaucoup, les médecins persuadés qu'en enlevant la partie du cerveau malade, on soignerait le patient du mal dont il était atteint.
Betsy mère de six enfants, s'était de plus en plus enfoncée dans une forme de dépression au fil de ses grossesses, une sorte de post-partum qui n'a eu cesse de croître. Adèle qui entend que cette aïeule psychologiquement malade a transmis un mal aux femmes de la famille et que elle-même doit faire attention. C'est cette curiosité qui la pique qui la fait se décider d'en savoir plus sur cette femme que tout le monde préfère oublier. Cette femme qui sort de l'asile en 1967 et qui retourne vivre avec ses parents alors qu'elle a déjà plusieurs enfants, son mari vivant avec une autre femme. Qu'est-elle censée faire, celle que tout le monde a mise de côté?
L'enquête se poursuit des mois durant, des années durant, pour laisser apparaitre ses racines sombres, qui expliqueraient largement la maladie développée par Betsy et pour laquelle elle a reçu des soins violents. L'évolution de la médecine, les croyances de l'époque, la condition de la femme, la famille au XXème siècle, la guerre, on se plonge alors à corps perdu dans une famille bourgeoise du XXème, avec ses failles et ses tabous. Un récit passionnant, émouvant, unique, dont je n'ai jamais rien lu de semblable.
"Mon vrai nom est Elisabeth" de Adèle Yon, 22€

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