Un titre paru aux éditions Gallimard lors de la rentrée littéraire de cet automne et auquel je ne me suis pas tout de suite intéressée, ayant déjà lu trois titres de l'éditeur et de nombreux autres de la rentrée litt, vous aurez pu le voir sur mon blog et dans mes vidéos. Mais lorsqu'il a reçu tous les prix qu'il a reçus: le Femina, le Renaudot des lycéens et le Goncourt des lycéens, je m'y suis intéressée. Je me le suis donc pris, pour enfin découvrir cette histoire dont tout le monde parlait, une histoire par une femme, sur les femmes et les violences que celles-ci subissent.
Nathacha Appanah a mis plusieurs années avant de terminer ce roman, dont l'idée lui est venue après la mort d'une jeune femme, Chahinez, dont la nouvelle la faite trembler. Habitant une petite commune vers Bordeaux où à l'époque l'autrice résidait, elle s'est intéressée à ce féminicide et à la vie de la jeune femme. Algérienne, ayant déjà deux enfants d'une précédente union et ayant émigré en France pour se marier avec MB, divorcé lui aussi. Un homme qui n'a pas supporté que cette femme lui échappe et décide de lui tirer dessus avant de l'immoler, un soir. Un énième féminicide s'ajoutant à la déjà trop longue liste de femmes tuées chaque année en France. Ce fait-divers fait tilt dans l'esprit de Nathacha, et elle décide d'écrire.
Son roman se tisse autour des vies de trois femmes, Chahinez cette jeune femme immigrée algérienne et mère dévouée, Emma, une jeune femme mère, vivant à l'Ile Maurice, et elle-même Nathacha, vingt-cinq ans auparavant. On découvre rapidement que elle-même a vécu une relation abusive plus de vingt-cinq ans auparavant, à laquelle elle a mis fin un soir dans la voiture de son compagnon de l'époque HC. Un homme de plus de deux fois plus âgé qu'elle, poète, un homme au début mentor de la jeune femme alors étudiante. Tous d'eux s'éprennent l'un de l'autre alors que Nathacha est encore mineure. L'homme profite de sa position d'homme mûr pour abuser d'elle. Ils débutent officiellement leur relation une fois Nathacha majeure et vivent ensemble six ans durant. Six ans de calvaire, de peur, de relation abusive, HC étant un homme à l'ego surdimensionné, dominateur, sans arrêt en train de dénigrer sa compagne bien plus jeune. Celle-ci n'écrit plus, se dévoue corps et âme à cet homme auquel elle est aux petits soins, tachant de ne surtout pas l'énerver. Une situation intenable qu'elle achèvera un soir avant de retourner chez ses parents.
Ensuite elle nous parle d'Emma, sa cousine, mauricienne comme elle, tuée un dimanche matin alors qu'elle faisait son jogging, et laissée morte sur le bas-côté de la route. RD tue sa femme, persuadé que celle-ci le trompe et ne le supporte pas. Il lui roule plusieurs fois dessus. Puis arrive Chahinez cette jeune femme travaillant comme elle le peut pour subvenir aux besoins du ménage, trois enfants et son mari MB, un homme qu'elle pensait doux et gentil, se révélant avoir une personnalité aux antipodes. Un homme ayant séduit la jeune femme avec moult attentions et cadeaux pour sa famille étant finalement violent et agressif. Alors que sa femme décide de couper les ponts et porter plainte suite à quoi il se retrouve incarcéré et après une restriction d'approchement celui-ci décide de se venger. Après l'avoir espionnée, s'être approché d'elle malgré les restrictions, il la tue. D'une façon extrêmement violente qui choque les voisins plus ou moins proches qui pour certains savaient ce que Chahinez endurait.
Nathacha navigue de l'une à l'autre des histoires, montrant la violence des relations toxiques. Trois hommes, un poète, un maçon et un chauffeur à-priori bien sous tout rapports qui ont commis l'impensable. Pour ce processus d'écriture, Nathacha rencontre les familles des victimes, s'informe, souhaite joindre des personnes en lien avec le procès de MB l'ancien compagnon de Chahinez, retourne même à l'Ile Maurice. Elle passe des coups de fil, envoie des mails pour recueillir un maximum d'informations sur les vies de sa cousine Emma et de cette inconnue Chahinez qui aurait pu être elle. Si elle n'avait pas mis fin à cette relation abusive qui la consumait et devenait dangereuse. "est ce qu'il y aurait eu quelqu'un pour se souvenir de moi aujourd'hui si je n'étais pas sortie vivante de cette voiture et de cette balade funeste dans la nuit?" page 194. Elle met la lumière sur les vies de ces femmes, et leur rend hommage.
Un récit intime, émouvant, fort, mais tellement nécessaire. Rendre hommage aux victimes, tacher de comprendre, rompre le lien avec les personnes toxiques, mais parfois cela se solde par la mort. Un récit pudique, mais également engagé qui montre certaines failles du système, incapable de protéger ces femmes malgré les plaintes et les restrictions.
"La nuit au cœur" de Nathacha Appanah, 21€

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