Dans ce récit, on suit donc plusieurs femmes, étant clairement un roman sur les femmes, leur liberté, la vie de famille, et leur besoin d'émancipation. Je pense que ce serait un peu les grands thèmes de ce roman. On suit donc Célestine au tout début du récit qui est une femme âgée de 107 ans, qui s'adresse à une certaine "biquette". On se doute qu'il s'agit de quelqu'un de sa famille à qui elle va confier sa vie et des secrets de famille. Cela commence fort car Célestine avoue qu'elle a du sang sur les mains et que c'est une meurtrière, le récit va donc nous dérouler le fil des évènements pour mieux comprendre. Le récit alterne donc entre les moments où Célestine s'adresse à "biquette", en lui racontant son passé, ainsi que les moments où une certaine Solange étant dans une école de redressement puis ensuite dans un institut psychiatrique s'adresse à une fameuse Jeanne. C'est à ce moment-là du récit que j'ai cru que la relation entre Solange et Jeanne était d'une certaine façon mais je me suis complètement plantée.
On découvre donc la vie de Célestine notre héroïne principale du roman habitant dans le petit village de Sarégnac en Corrèze. J'ai regardé, ce village n'existe pas dans la réalité. Elle grandit dans la ferme familiale entourée de sa mère Marguerite et de son beau-père Alphonse, son père ayant été tué durant la première guerre. Sa mère est une femme au foyer s'occupant des enfants, mais étant le cerveau pensant de la ferme tandis que son mari est plus occupé à boire. Sans elle la ferme ne prospérerait pas aussi bien. Célestine est l'aînée de la fratrie, viendront ensuite trois frères, puis une sœur des années plus tard, Solange. La petite fille est très curieuse, veut absolument faire des études disant clairement à sa mère qu'elle ne souhaite pas terminer comme elle. Sa mère lui répond alors « chacun a sa place et chaque rôle est important. Alors respecte celui des autres. Et même si tu habites en ville plus tard, si tu deviens… institutrice ou secrétaire ou que sais-je d'autre, la ferme, la terre, ta famille resteront toujours tes racines et celle de tes descendants. » page 59, lui rappelant alors que sa vie à elle est tout autant respectable que la vie d'une personne qui a fait des études. Célestine lit beaucoup, souhaite devenir professeur de français latin et grec, lit Zola, et chérit les livres qu'on lui offre. Marguerite meurt alors en couches et Célestine doit s'occuper de sa petite sœur faisant office de mère. Elle est donc forcée d'arrêter ses études pour devenir la nouvelle femme de la maison. On plonge alors directement à l'époque, ou la place de la femme était à la maison, à obéir à son mari et à faire la popote...
Célestine grandit alors étant entièrement dévouée à la fratrie, remplaçant clairement le rôle de mère. Un rôle difficile pour une si jeune fille, elle n'est même pas encore adolescente, et a déjà dû renoncer à ses rêves. Elle grandit, Solange également, elle s'occupe des travaux des champs, et tombe sous le charme de Armand, le fils des voisins Bellanger qui a un grand frère Édouard, lequel elle tombera également sous le charme plus tard. Édouard est un futur médecin et encourage Célestine à continuer de lire tandis que Armand reprendra la ferme familiale. En parallèle, Solange s'adressant à Jeanne parle de certaines "chauve-souris", mot, utilisé pour désigner les sœurs dans l'école de redressement pour jeune fille dans laquelle elle a été placée de force. On se demande alors ce qu'il s'est passé et on le comprendra au fil du roman.
On suivra ensuite le mariage de Célestine, sa propre famille et ses enfants, un autre enfant qu'elle devra élever à la place de quelqu'un d'autre, reprenant la place de mère auquel elle est si habituée, et devant faire des choix difficiles pour l'équilibre de sa petite sœur qui grandira. La guerre aura fait ses ravages, démantelant en partie la famille de Célestine. Solange dit une phrase très forte à Jeanne, « c'est important de ne pas toujours obéir aux règles, Jeannette. Prends garde surtout aux règles qui ne concernent que les filles. Elles ont été inventées par des hommes, uniquement dans leur intérêt » page 263. Des femmes fortes, qui souhaitent faire des études, qui sont cultivées, qui voient plus loin que la place qui leur est imposée. Des femmes qui dérangent de part leurs besoins de liberté et leurs différences, Des femmes qui s'intéressent à l'univers, à des choses qui les dépassent, étant en réalité des pionnières sans même le savoir. Le roman nous montre des personnages masculins typiques de leur époque, ce qu'on pourrait appeler des gros machos à notre époque actuelle, ainsi que d'autres beaucoup plus libéraux et soutenant les femmes. Un assez gros clivage concernant les personnages masculins.
Un très beau roman sur la famille, les femmes et leur place prépondérante qui leur est enlevée, et ce besoin de liberté qu'elles doivent aller chercher avec les dents contre les diktats masculins. Un roman que j'ai beaucoup aimé, racontant la vie d'une famille sur plusieurs générations, la transmission entre les femmes, le bonheur et le malheur, et cette rage d'exister. Une lecture que je conseille grandement
" Nous qui avons connu Solange » de Marie Vareille 22 €
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