Un titre que j'ai acheté à la fin du mois de janvier, après l'avoir vu sur les réseaux sociaux. Philippe Rey est une maison d'édition que j'aime beaucoup, de par ses titres et ses très jolies couvertures, j'étais donc très tentée de continuer d'élargir ma culture de l'éditeur. Le sujet de ce roman « Le porteur du train de nuit» de Suzette Mayr avait l'air franchement intéressant, ayant lu très peu de romans se déroulant dans un train. Je crois qu'à part « le crime de l'Orient-Express » et "Bullet train" c'est seulement le troisième roman que je lis qui se déroule entièrement dans un train.
Celui-ci se déroule en 1929 au Canada, à bord d'un train effectuant la liaison entre l'Est et l'Ouest. On suit Baxter, quasiment la trentaine, un jeune homme souhaitant faire des études pour devenir dentiste. En attendant de réunir l'argent nécessaire à ses études, il travaille en tant que porteur dans un train de nuit. Littéralement, il est chargé de toutes les tâches à bord du train pour aider les passagers. Faire le lit, changer les draps, faire le ménage, leur apporter à manger, cirer leurs chaussures et bien d'autres choses...
Un homme assez invisible, mais tellement indispensable pour le confort des voyageurs. Un jeune homme noir américain, dont la position de porteur le rend inférieur aux autres, ainsi que sa couleur de peau, à une époque où le racisme est encore bien présent. Heureusement la couleur de sa peau n'est pas non plus le sujet principal du récit, mais on ne l'oublie pas. Durant cette traversée dans le train le plus rapide du monde, terme dont il se vante régulièrement pour tranquilliser les passagers, il n'a guère le temps de faire une sieste et de manger à sa faim. Il sait que durant ces quelques jours à bord du train, il sera entièrement dévoué aux passagers qui n'hésitent pas à le sonner régulièrement pour tout et rien. Un métier loin d'être facile, même extrêmement épuisant, auquel on assiste un peu impuissant.
Le récit se déroule donc dans ce train durant deux traversées du pays. Le jeune homme table sur les pourboires plus ou moins généreux des passagers à leur descente pour augmenter ses économies afin de réaliser ses études de rêve. Il sait que peu à peu il se rapproche du but. Durant la seconde traversée, la plus mémorable dans le récit car la plus longue et la plus difficile, au tout début encore frais il commence la lecture d'un livre se déroulant en Égypte et sur Jupiter, livre dont il ne réussira jamais à lire plus de quelques pages. Il lit aussi peu qu'il ne mange et qu'il ne dort, sans arrêt réveillé par sa clochette. Il ne peut même pas manger au wagon restaurant comme les autres, car ça lui coûterait beaucoup trop cher... Quant à dormir, il n'a pas accès à une vraie couchette, mais seulement un vieux matelas qu'il pose un peu partout pour se reposer ne serait-ce qu'un instant.
Certains évènements durant ce second voyage, s'apparentent un peu à du vaudeville selon moi. On a des personnages très haut en couleurs, que notre porteur s'amuse à surnommer, par exemple on a Colombine, qui s'appelle en réalité Colombe, une sorte de médium qui dira rentrer en communication avec des esprits durant le voyage, celui qui l'accompagne devient Arlequin, une jeune femme qui passe son temps à broder s'appelle alors l'Araignée. On a "mamie", une femme d'un certain âge amenant sa petite fille Esmé jusqu'au bout du voyage, pour l'amener à son père et à sa famille suite à la mort de sa propre fille. Esmé qui va se prendre d'affection pour le jeune porteur et le coller continuellement. On a la mère et la fille Mlle et Mme Tupper, qui voyagent ensemble, la fille étant censée retrouver son fiancé à la fin. Mr et Mme Lewington, un couple de jeunes mariés encore euphoriques de leur union, qui ne cessent de crier leur amour l'un à l'autre à qui veut l'entendre. Le docteur Hubble, un homme duquel se rapprochera physiquement Baxter, dont l'orientation sexuelle est assez claire dès le début du récit, grâce à des moments et pensées du présent durant le voyage, ainsi qu'à des réminiscences du passé. D'ailleurs, il y a beaucoup de moments relatifs justement au sexe, dans le récit, peut-être un peu trop à mon sens.
Un voyage éprouvant pour notre jeune homme qui n'a pas d'autres choix que de faire de son mieux, d'être toujours disponible serviable et poli pour les passagers, s'il ne veut pas se voir attribuer des points de démérite à l'arrivée.
Un roman que j'ai bien aimé, le sujet et le lieu du récit étant originaux et bien trouvés, l'écriture est assez prenante, les personnages uniques et tous différents, et parfois un peu ridicules, apportant de la légèreté au récit.
" Le porteur du train de nuit" de Suzette Mayr, 23€
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