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Filles de la mer

 Un roman que j'avais acheté l'année dernière et que j'avais gardé dans ma bibliothèque en attendant qu'un jour je le lise. Un roman que je savais qui serait assez difficile et je vous confirme que ça a été le cas. Pour autant une lecture nécessaire pour l'histoire coréenne. Ce roman parle en effet des femmes de réconfort coréennes estimées entre 100 000 à 200 000. Les femmes de réconfort étaient souvent des jeunes filles, rendues esclaves sexuelles pour les soldats japonais. En effet au début du XXe siècle jusqu'à la libération de la Corée en 1945, la Corée était sous invasion japonaise. Des horreurs et des aberrations se sont alors produites et il y a eu énormément de victimes. La parole s'est libérée quand même assez récemment concernant les femmes de réconfort, la première à parler a été Kim Hak-sun qui en 1991 a témoigné la première sur les horreurs qu'elle a vécues des décennies auparavant. Un trauma enfoui pendant beaucoup trop longtemps pour beaucoup trop de femmes. Grâce à cette libération, des dizaines d'autres femmes se sont exprimées sur le sujet. Il faut savoir que chaque mercredi à Séoul a lieu une manifestation appelée     « les manifestations du mercredi », en face de l'ancienne ambassade du Japon, pour faire en sorte que le Japon reconnaisse enfin les actions commises durant l'invasion. Depuis 1992 ces manifestations ont lieu, mais le Japon ne s'est toujours pas excusé. Il s'agit d'un des mouvements de protestation les plus longs du monde... 

C'est donc dans ce contexte assez nécessaire de connaître, que le roman se déroule. Le récit nous montre deux temps, celui du passé en 1943 dans lequel on suit Hana, jeune fille de 16 ans, haenyeo, ces fameuses femmes plongeuses en apnée présentes sur l'île de Jeju, qui font partie du patrimoine immatériel de l'Unesco. Elle aide sa mère dans ce métier très périlleux qui fait partie d'une longue tradition, ces femmes sont en effet très indépendantes car comptant uniquement sur elles-mêmes pour aller chercher ormeaux, coquillages et autres crustacés qu'elle revendent ensuite pour subvenir à leurs besoins. Alors qu'elle est en train de plonger, notre jeune héroïne voit s'avancer sur la plage un soldat japonais. On est alors deux ans avant la libération de la Corée, le pays subit cette cohabitation, tout le monde étant forcé de parler japonais, d'oublier ses racines et d'adopter complètement les us et coutumes du pays colonisateur. Hana se précipite sur la plage pour protéger sa sœur des soldats japonais qu'elle ne sait pas dignes de confiances, et c'est le début de l'enfer. Elle se fait embarquer par lui, le soldat Morimoto, et direction un bateau pour la Mandchourie entièrement contrôlée par l'empire du Japon. Il s'agit actuellement de la partie nord-est chinoise étant la plus proche de la Corée-du-Nord. À cette époque Corée-du-Sud et Corée du Nord étant un seul et même pays. 

Déjà durant la traversée Hana se rend rapidement compte que quelque chose cloche jusqu'au moment où elle est emmenée de force dans la cabine du fameux soldat. Il la viole et elle comprend alors que c'est le début de la fin pour elle. Je préviens que ce livre est loin d'être gai et facile à lire, notre jeune fille va en effet subir de nombreux viols durant un temps assez long. Elle arrive ensuite dans une espèce de maison, chaque chambre étant occupée par une fille différente, certaines coréennes, d'autres japonaises, mais toutes ayant un nom japonais, n'oublions pas l'invasion du pays ennemi. Elle plonge alors dans l'enfer le plus total, à devoir subir la visite et les viols journaliers de plus d'une vingtaine de soldats. J'insiste sur le fait qu'il faille avoir le cœur bien accroché j'avoue qu'il y a des moments où j'ai eu beaucoup de mal, le récit a beau être fictif, il s'agit d'une réalité de l'histoire coréenne, certaines femmes ont donc réellement vécu cela. Elle mange peu, dort chaque soir avec la boule au ventre de l'horreur qu'elle va subir le lendemain dans la journée. Réussira-t-elle à s'enfuir de cet enfer ?

L'autre partie du récit est consacrée au moment présent en 2011 dans lequel on suit Emi, qui est en fait la petite sœur de Hana. Des décennies plus tard donc, la désormais vieille femme cherche toujours sa grande sœur qu'elle n'a jamais retrouvée. Elle sait ce qu'elle est devenue, une femme de réconfort, mais elle souhaite absolument la revoir. Une partie du récit un peu moins difficile du fait qu'il n'y ait pas de violence, mais sa souffrance morale est tellement forte, que ces moments du roman sont loin d'être évidents également. Elle vit toujours sur l'île de Jeju, et se rend alors voir ses enfants Séoul. Sa fille est professeur dans une université, et un mercredi elle se rend dans la capitale pour assister à une des fameuses manifestations du mercredi. Elle s'y rend chaque année depuis trois ans, n'ayant jamais rien dit à ses enfants sur l'existence de cette sœur disparue alors qu'elle avait neuf ans, ayant toujours porté la responsabilité et la culpabilité de cette perte. 

Alors en pleine manifestation elle voit une statue coulée en bronze, représentant justement une femme de réconfort. Elle perd conscience, ayant reconnu sa sœur dans cette femme. En effet il faut savoir qu'en Corée, si vous vous y rendez, vous verrez régulièrement des statues de femmes assises sur une chaise, il s'agit en effet d'un hommage aux femmes de réconfort. En hiver, les gens leur mettent souvent un bonnet et une écharpe, ce qui est un symbole très émouvant à chaque fois qu'on passe devant. Emi réussira-t-elle à se libérer de ce poids qui l'étreint depuis des décennies, et à retrouver sa sœur ?

Je ne vais pas vous en dire plus, vous invitant grandement à découvrir cette lecture encore une fois pas du tout joyeuse, mais tellement importante dans l'histoire et le trauma coréen. Comme il s'agit d'un évènement qu'a réellement vécu la Corée, c'est particulièrement poignant et émouvant. Je ne regrette pas du tout d'avoir lu ce livre qui m'a appris beaucoup de choses.




"Filles de la mer" de Mary Lynn Bracht, 9€

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