Un court roman acheté récemment chez Gibert Joseph à Lyon alors que je passais en coup de vent. J'adore cette boutique où j'ai acheté pas mal de livres notamment d'occasion. Pour le coup celui-ci était neuf et il était posé seul sur la table je l'ai donc pris, fortement attirée par la couverture et le titre. Il n'est pourtant pas récent car sorti en 2015, mais par contre sorti en poche tout récemment. Je l'ai terminé une fin de semaine. Ce roman très court parle d'un sujet dont on parle peu, et je crois, duquel je n'ai quasiment rien lu ou presque. L'autrice Yu Miri, japonaise mais issue de parents émigrés coréens, a décidé de nous parler dans ce livre sur lequel elle a réfléchi plusieurs années, des personnes sans domicile fixe. En effet, elle n'en est pas à son coup d'essai quant aux romans qu'elle a écrits, mais en 2006 elle est allée enquêter sur « ces opérations spéciales de nettoyage » appelées « battues »par les SDF qui sont menées avant chaque visite impériale.
En effet, l'intégralité du roman se passe dans le parc de Ueno, un des parcs principaux de la ville de Tokyo situé au centre de la ville. Un roman qui en moins de 170 pages nous amène dans le quotidien d'un homme devenu sans domicile fixe et qui vit depuis plusieurs années à l'intérieur du parc. J'avoue qu'en découvrant le livre au fur et à mesure, j'ai été assez surprise de savoir qu'il y a quelques années des sans domiciles fixe vivaient dans ce parc, où sont implantés notamment des musées majeurs de la ville. En effet lorsque je me suis rendue à Tokyo durant mes trois séjours, je n'ai jamais fait attention à ces campement un peu sauvages ou vivraient des personnes. En effet on apprend à la toute fin que la quasi totalité ont été démantelés ou déplacés à d'autres endroits.
On suit donc un homme âgé qui n'a pas de nom, qui a plus de 60 ans voire 70 ans. Au fil du récit on apprend qu'il avait une famille, une femme, un fils et une fille, mais qu'il a notamment perdu son fils, et qu'i vit désormais à Tokyo. Un homme qui a tout perdu du jour au lendemain. Un homme qui navigue entre son quotidien dans ce parc, vivant dans une cabane de fortune, malgré la pluie, le froid et les intempéries, disant " je n'ai pas eu le sentiment de vivre, seulement celui d'avoir vécu » page 8. J'ai appris pas mal de choses dans ce roman comme le fait que Tokyo a été bombardée le 10 mars 1945 par des bombes américaines ayant causé la mort de 100 000 personnes en deux heures, ou la façon dont on vivait certaines personnes à l'époque. Notre vieil homme nous parle de son ancien ami Shige, un homme qui comme n'avait plus de domicile fixe, un homme assez intellectuel duquel il était proche. Et qui perd la vie...
On sent une réelle recherche de la part de l'écrivaine qui s'est en effet penchée sur la vie de ces personnes qu'on ignore, qu'on ne voit d'ailleurs pas beaucoup au Japon. Ces personnes qui souvent dérangent de par leur présence et nous rappellent que rien n'est acquis.
"Autrefois, les sans-abris avaient une famille, un toit. Personne n'a vécu toute sa vie dans une cabane en carton et en plastique, personne n'a voulu devenir SDF. Quelque chose fait qu'on le devient. On disparaît pour fuir le surendettement, ou parce qu'on n'ose plus rentrer dans sa famille quand on sort de prison après une condamnation pour vol ou blessures. Il y a aussi des hommes dans la quarantaine ou la cinquantaine, qui continuent à s'habiller en complet cravate et qui fréquentent l'agence pour l'emploi sans jamais rien trouver, comme des automates détraqués. Ils se sont noyés dans l'alcool ou le jeu après avoir perdu leur emploi et leurs femmes qui les ont quittés en gardant pour elles enfants et maison. » page 81. Elle leur redonne une visibilité et la parole, en leur redonnant une humanité.
Le roman navigue donc entre le présent de notre vieil homme dont on apprend comment il vit, les moments du passé, ainsi que les réflexions qu'il a. On a également l'aperçu d'un certain nombre de conversations qu'il entend de visiteurs du parc. Un roman assez unique qui possède la fameuse aura japonaise, avec pas mal de réflexions et de descriptions, plus contemplatif et moins dans l'action.
Je peux vous recommander la lecture de ce court roman qui vous apprendra des choses, et qui participera peut-être à l'évolution d'un point de vue.
"Sortie parc, gare d'Ueno" de Yu Miri, 7.90€
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