Un livre que j'ai acheté à l'occasion des Quais du polar à Lyon il y a trois semaines au moment où j'écris. Une couverture très pop, attractive, colorée comme je les aime, et je vous avoue que j'ai acheté le livre sans même regarder le résumé. J'ai manqué la dédicace avec l'autrice comme elle avait lieu juste après celle avec les deux autrices coréennes, j'avoue avoir un peu oublié, mais cela ne m'a pas empêchée de le lire et de l'apprécier. Un livre extrêmement riche qui explore une grande quantité de sujets relatifs à la femme. Le fil conducteur du roman est clairement le poids, l'image de la femme, les régimes, les diktats sociaux que l'on renvoie aux femmes qu'elles doivent suivre pour être « baisables ». C'est assez violent dit comme ça mais c'est pourtant la réalité du roman. Je pense d'ailleurs qu'en partie celui-ci est tiré de la vie de l'autrice elle-même.
On suit donc Alicia/Prune début de la trentaine je dirai, rédactrice anonyme pour un magazine destiné aux adolescentes. Elle répond à de nombreux mails chaque jour, à chaque fois dans le même café où elle aime se rendre et où elle le connaît la propriétaire Carmen. Des demandes inlassables s'enchaînent sur le corps, la mutilation, la sexualité, un spectre assez large de questionnement que l'on pourrait avoir à l'adolescence. Durant trois ans, notre héroïne se plie au jeu de façon très consciencieuse, jusqu'au moment où elle va en avoir marre. Il faut savoir que comme le titre du roman l'indique, Alicia est obnubilée par son poids qui lui gâche la vie. Elle est clairement en surpoids, et elle n'arrive pas à accepter ce corps que les autres jugent sans arrêt. Elle n'ose jamais rien leur dire, faisant fi des remarques et des critiques, mais pour autant cela la touche, évidemment. On a des moments de flash-back lors de son enfance et son adolescence où on en apprend plus sur le rapport qu'elle a avec son corps. Même enfant elle était en surpoids, et un jour elle s'est décidée à se rendre à des réunions baptistes Weight loss, organisées par une certaine Eulayla, une femme, sorte de gourou qui elle-même plus jeune avait été en surpoids, et qui a créé des menus exprès de régime. À cette époque, Alicia vivait dans une maison dans laquelle vivait une star du cinéma muet, elle se faisait donc photographier inlassablement pensant que les gens se moquaient d'elle.
Durant des mois, notre protagoniste alors très jeune n'a mangé que deux milk-shake dans la journée, et une espèce de plateau repas pour le soir, sorte de bouillie indéterminée. Ensuite elle a pris des espèces de pilules nommées Z, qui lui coupaient la faim. Elle ne mangeait donc plus rien. Pour autant elle a perdu du poids un peu, mais jamais significativement. Depuis, elle alterne entre des périodes où elle maigrit un peu faits de régime, de périodes où elle grossit et ne fait plus attention. Dans le récit présent avec le poids en fil conducteur, s'ajoute des moments de fait divers de femmes notamment une se nommant Jennifer, qui décident de se venger des hommes, suite à plusieurs histoires de viol de jeunes filles, et de chosification de la femme. En effet, le pays entier apprend qu'une adolescente très jeune Luz, s'est fait violer par quatre hommes. Finalement la vengeance sera terrible pour eux, la nation entière étant en haleine devant l'identité de cette femme.
Petit à petit, une sorte de rébellion s'organise de femmes refusant de continuer d'être seulement des corps parfaits et dénudés pour attirer et contenter les hommes. Un jour, un célèbre magazine qui habituellement en page 3 propose des photos très dénudées de femmes, va se voir forcer de poster le même type de photos mais avec des hommes. « La plupart des magazines masculins et féminins mettaient désormais des hommes sur leurs couvertures. Londres se refaisait une beauté. Le papier peint qui recouvrait la ville n'affichait plus aucun corps de femme. Le londonien type, l'observateur implicite, n'était plus un homme. Le tourisme augmentant en flèche. Les femmes du monde entier accoururent pour assister à cette révolution. » Page 139. Les choses changent, le machisme omniprésent sans qu'on s'en rende même compte change du tout au tout. Des conséquences également improbables surviennent comme le fait qu'un imam prenne la parole en disant « Les femmes ne devraient pas avoir à se couvrir pour se protéger de nos regards. Qui est fautif ? Les femmes dont le seul crime est d'exister ? Ou les hommes qui en font des objets ? Si la vue d'une femme sans voile vous offense, restez chez vous ou portez un bandeau. Mieux encore, versez-vous de l'acide sur les yeux. Alors vous ne serez plus jamais offensé par quoi que ce soit » page 139 et 140. J'ai beaucoup aimé cette citation avec laquelle je suis complètement d'accord, pourquoi ostraciser un sexe dont le seul crime est d'exister?
Notre rédactrice va croiser le chemin de plusieurs femmes, dont Julia, une femme travaillant au niveau B2, une espèce de supermarché de la beauté fournissant les employées de la tour Austen, sorte de firme qui possède notamment l'entreprise fournissant les conseils aux adolescentes dans laquelle travaille Kitty et Alicia. Une femme très impliquée dans la lutte pour les femmes, dans la mise à mort du machisme et de la vision péjorative du corps de la femme. Elle sera un personnage clé tout au long du roman tout comme Leeta qui se met à suivre notre héroïne. Il y a également Verana la fille de Eulayla, celle qui avait créé l'entreprise de régime, qui des années plus tard dénonce l'entreprise de sa mère qui selon elle n'était qu'une vaste blague. Elle a écrit un livre de régime qu'elle donnera à notre protagoniste dans le but de la faire changer d'avis, car elle souhaite se faire opérer. Dans tous les cas, celle-ci offrira 20 000 $ à Alicia. On rencontrera également Marlowe, une ancienne actrice très connue qui a décidé de tout arrêter pour devenir relookeuse professionnelle et a écrit un livre, « la théorie de la baisabilité" quelle donne à Alicia.
Le roman s'organise comme ceci, ces femmes qui vont devenir importantes dans la vie d'Alicia, lui permettant de faire un choix par rapport à cette opération, cette sororité se créant entre ces femmes qui veulent s'émanciper du regard des hommes et de toute la pression qu'elles subissent de par leur sexe. Concernant cela, Alicia va même faire quelques actions plutôt drôles afin de se venger de la société. Elle qui n'osait pas répondre aux remarques déplacées, va se mettre à répondre et pas qu'un peu.
Un récit drôle, original, féminin et féministe que j'ai beaucoup apprécié mais je vous préviens c'est très atypique. Certains moments sont à la limite du ridicule, mais d'autres sont vraiment ancrés dans la société actuelle. Alicia se bat contre elle-même entre sa personne actuelle et la personne qu'elle sera après l'opération, qui selon elle sont deux personnes complètement différentes. L'autrice dit s'être inspirée du livre/film Fight Club, que je n'ai ni lu ni vu, faisant du célèbre livre/film, une version féminine et féministe.
"Bienvenue à Dietland" de Sarai Walker, 25.90€
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