Second titre chez L'Iconoclaste issu de la rentrée littéraire d'hiver que je lis après "Le visage de la nuit" de Cécile Coulon. J'avais hâte de découvrir un autre titre de l'éditeur, proposant toujours de belles plumes originales et poétiques dont des premiers romans comme c'est le cas de celui-ci "Leurs désirs immenses" de Léa Lhermet. Premier roman donc, celui-ci s'intéresse aux aïeuls oubliés, à les rendre visibles et à poursuivre ce devoir de mémoire de personnes oubliées. Il m'a pas mal fait penser à "Mon vrai nom est Elisabeth" de Adèle Yon ayant des similitudes quant à une sorte d'enquête familiale, aux rôles des femmes à l'époque, la féminité, la maternité...
Dans ce roman dont j'ai beaucoup apprécié la plume, on suit Léa Lhermet, médecin en centre pénitentiaire, alors qu'elle se rend dans sa maison de famille dans un tout petit bled de Lozère, réalisant qu'elle ne sait pas où est enterrée son arrière grand-mère Palmyre. En effet, elle n'est pas enterrée avec le reste de sa famille et part donc en quête de vérité. Mais où est donc enterrée cette femme décédée à 31 ans après avoir eu trois enfants dont un décédé? Son père ne sait pas, son grand-père non plus, cousins, cousines, oncles, et tantes, personne ne semble savoir ni être très intéressé par la sépulture de cette femme. Léa Lhermet se rend donc dans ce village avec ses enfants, où le temps semble être suspendu, où tous les voisins se connaissent, où certains sont partis pour ne plus revenir tandis que d'autres au contraire sont revenus sur la terre qui les a vus naître. Là où il n'y a pas d'adresse mais les noms des habitants pour nommer les maisons. Elle va faire plusieurs cimetières de plusieurs villages pour trouver enfin la tombe de cette aïeule mais rien. Elle va demander à des mairies, à sa famille, se débrouiller par elle-même pour tenter d'avoir le fin mot de l'histoire mais sa quête s'annonce plus difficile que prévu.
Parallèlement, l'autrice nous parle d'elle, de ses enfants, de son ex-mari devenu un ami, quelqu'un à côté duquel elle évoluait sans plus d'amour. De son besoin de savoir où Palmyre est enterrée pour l'aider dans son identité de femme. Car les femmes ont toujours été rejetées, les femmes de sa famille "prennent possession, me gavent, m'étourdissent", une relation amour haine qu'elle a avec les femmes, ne l'aidant pas à s'affirmer en tant que telle. "Les femmes attendent toujours d'être entendues" " Il faut deux P à échapper parce qu'il faut deux pieds pour s'échapper", faisant le lien entre elle, et les femmes de sa famille, étant comme bloquées dans leur rôle de femme et d'épouse. Elle imagine une vie à cette femme qu'elle imagine vêtue d'une robe rouge comme le sang, faisant elle-même des cauchemars dans lesquels elle ne réussit pas à sauver sa fille de la mort, cette méconnaissance de la vérité l'angoissant. Comme si ce non savoir l'empêchait de pleinement avoir confiance en son rôle de mère et de femme. Comme si Palmyre et elle étaient intrinsèquement liées, et elle se demande qu'en aurait-il été si son arrière grand-mère avait fait d'autres choix de vie.
Tout au long du récit, on a le processus de recherche de l'autrice, sa vie de femme avec ses relations amoureuses, cette quête d'amour qui ne la quitte pas, sa vie de mère, et la vie de Palmyre qu'elle imagine. Cette femme dont elle ne sait quasiment rien mis à part sa mort à 30 ans sûrement en couches, les deux seuls enfants qu'elle a eus, les trois grossesses rapprochées qu'elle a dû vivre peut être contre son gré. La présence d'un oncle Alexandre que Léa perçoit étrangement, la famille très dans la religion, des secrets de famille qu'elle découvre au fur et à mesure du temps... Une ambiance assez lourde à certains moments de par ces secrets, le poids des lieux assez isolés et sombres, mais éclairés par une belle plume et une originalité du récit de par les réflexions de l'autrice sur sa propre personne ainsi que l'histoire de vie qu'elle invente pour Palmyre.
Un roman sur la famille, sur l'importance des femmes trop souvent reléguées au second plan, sur les secrets de famille sur une enquête intime mais qui peut parler à tous, sur la réflexion de la maternité, de l'amour, le besoin de liberté des femmes. C'est beau, mais c'est dur aussi.
" Leurs silences immenses" de Léa Lhermet, 20.90€

Commentaires
Enregistrer un commentaire