Traduit en plus de 32 langues et vendu à plus de 1,5 million d'exemplaires, "Lire Lolita à Téhéran" de Azar Nafisi, est un livre que j'estime être très important dans l'histoire de l'Iran. L'autrice habite désormais aux États-Unis, mais elle est iranienne de naissance et a longtemps vécu au sein de la république islamique, tout comme elle a longuement vécu également à l'étranger. Issue d'une famille libérale, elle a en effet fait ses études secondaires au Royaume-Uni et en Suisse, avant d'aller étudier à l'université aux États-Unis avant de se réinstaller dans son pays d'origine. Un titre qu'on avait pas mal vendu l'année dernière, et depuis sa sortie en poche récente, j'en ai profité pour enfin me l'acheter. Je l'ai amené avec moi durant mon séjour de quatre jours à Séville le but étant de le terminer au retour, but atteint car je l'ai terminé avant l'atterrissage.
J'avais très envie de relire un titre, pas en littérature iranienne car l'autrice a écrit en anglais, mais un livre se déroulant en Iran. Le pays est en guerre actuellement vous n'êtes pas sans le savoir, et dans lequel la place de la femme est toujours autant compliquée. Je souhaitais donc profiter de la situation si on puit dire, afin de m'éduquer encore plus sur ce pays. Pourquoi avoir choisi ce titre déjà ? Un titre assez intriguant d'un classique de la littérature russe du XXe siècle, écrit par le célèbre Nabokov. Tout simplement parce que Lolita, le titre de l'écrivain russe, est énseigné par l'autrice qui est professeure à l'université de Téhéran. Elle enseigne la culture anglophone à ses étudiants, et décide un jour de créer son propre club de lecture chez elle, son club du jeudi matin, où elle réunit seulement quelques unes de ses meilleures étudiantes. L'occasion de se retrouver entre femmes, de ne plus subir la pression extérieure due à leur sexe, pouvant enfin enlever manteaux et tchadors qui les recouvrent, pour s'exprimer et se retrouver autour d'une passion commune, la lecture et la littérature étrangère. L'occasion pour Azar Nafisi, de continuer d'enseigner à ses étudiantes, la diversité et la beauté de la littérature étrangère, et de réfléchir à divers sujets. Surtout dans un pays où toute forme d'art peut être condamnée, et sujette à une censure car soi-disant insultant l'Islam.
Le roman nous raconte donc ces fameuses réunions du jeudi qui s'éternisent de plus en plus, où le club de lecture est censé être assez professionnel et didactique devient assez fun et où chacune peut parler de sa vie personnelle. La richesse de ce club réside vraiment en le fait que chacune des étudiantes est différente, a ses convictions, sa foi, et c'est cette rencontre entre les unes et les autres, libérales comme intégristes et conservatrices qui est hyper intéressante. Manna une jeune femme assez libérale, Mahshid au contraire assez conservatrice, Azin, une grande blonde pétulante, qui se battra pour obtenir la garde de sa fille après avoir supporté pendant des années les violences conjugales de son mari, Yassi la benjamine de la troupe, Nassrin étant passionnée de littérature étrangère qui prendra la voie de la traduction faisant justement croire à son père qu'elle se rend à des ateliers de traduction pour justifier ses réunions hebdomadaires, Sanaz étant en permanence fliquée par son frère, et Nima le mari de Manna.
Le roman se déroule sur plusieurs années, au tout début du roman nous racontant les fameuses réunions du club de lecture juste avant 1997, année où Azar Nafisi décide de s'exiler pour les États-Unis, ensuite nous parlant de ses cours à la faculté où elle enseignait avant d'arrêter, pour ensuite nous parler de sa jeunesse aux États-Unis où elle a rencontré son premier mari, avant d'arriver un peu sans trop savoir ce qu'il se passait, en Iran. Ce pays qui est le sien mais qui était si différent des pays occidentaux qu'elle a pu connaître durant ses études. Un pays sans cesse dans le contrôle de sa population à régenter la vie des uns et des autres, surtout celles des femmes.
On a alors une vision globale de l'Iran et ses régimes politiques, ses insurrections, la guerre contre l'Irak qui dura huit ans, les changements politiques, jusqu'à ce que les femmes soient forcées d'endosser ce voile qui les supprime complètement du regard des autres. L'autrice parle alors de ce voile, le fameux tant controversé, qui est un vêtement étant censé représenter la foi, que chaque femme devrait choisir ou non de porter selon ses valeurs, et en aucun cas ne devant représenter le symbole de la république islamique. En effet si une femme ne croit pas en Dieu ou si elle est libérale et qu'elle exprime son amour pour la religion autrement, porter ce voile n'est-ce pas complètement hypocrite? Le voile devient alors un véritable objet politique, utilisé par les dirigeants du pays, dont les femmes pour beaucoup ne souhaitent pas entendre parler.
Azar Nafisi a eu la chance de naître et grandir dans une famille ouverte, ce qui n'est pas le cas pour tous les iraniens étant plus ou moins libéraux, elle refuse donc de porter le voile, pour sortir dans sa vie privée comme pour aller enseigner à l'université, mais au bout d'un moment elle n'aura pas le choix. Un roman très riche qui parle de plein de sujets autant culturels que religieux, avec évidemment comme fil conducteur la place de la femme au sein de cette république islamique. Toutes les lois complètement ridicules et extrêmes étant entrées en vigueur où les femmes n'ont pas le droit de sortir sans leur père ou leur mari ou leur frère, étant obligées de porter le tchador, alors même qu'en dessous elles peuvent être légèrement vêtues. C'est la police des mœurs, descendant régulièrement de voitures blanches, composée d'homme et de femmes étant faire censés respecter la chasteté en vigueur dans le pays.
Je ne vais pas tellement vous en dire plus sur ce roman qui aborde beaucoup trop de sujets, étant tellement foisonnant et intéressant par rapport à la situation de l'Iran. Cependant il ne s'agit pas de faits actuels comme elle parle de ce pays avant 1997, avant qu'elle décide de le quitter, à cause du ras-le-bol général de la politique de la république islamique. En plus de cet aspect de la place des femmes et de la vie dans le pays, l'étude des œuvres qu'elle décide d'enseigner comme "Lolita", et "Gatsby le magnifique " ou les romans de Jane Austen, sont des moments particulièrement passionnants qui amènent à réfléchir à ces œuvres d'un œil nouveau, surtout de la part de femmes iraniennes, qui ne sont pas habituées à des histoires aussi frivoles et libres. Des romans clairement controversés et même devenus interdits dans ce pays, où lire un livre, écouter de la musique ou aller au cinéma peut être passible d'une peine très lourde, voire pire.
Un livre que j'estime être nécessaire pour toutes les femmes, et même tous les hommes. Que tout le monde réalise que certains pays dans le monde n'ont pas la même chance que nous au niveau des libertés pour les femmes. Même s'il y a encore beaucoup de choses à obtenir dans les égalités au sein de l'Occident, certains autres pays du monde sont clairement arriérés par rapport à ces libertés et à la considération des femmes. "Quand on me demande de parler de la vie dans la république islamique d'Iran, je n'arrive jamais à dégager les aspects les plus intimes de notre existence du regard de notre censeur aveugle. Je pense à mes étudiantes. Elles avaient beau venir de milieux différents et avoir des croyances diverses, elles affrontaient les mêmes dilemmes, tous provoqués par la confiscation de leurs aspirations les plus personnelles et des instants les plus intimes de leur vie. Le conflit reposait au cœur du paradoxe créé par la loi islamique. Maintenant que les mollahs gouverneraient notre pays, la religion était devenue un instrument de pouvoir, une idéologie. C'était cette dérive idéologique de la foi qui écartait le régime des millions de citoyens ordinaire, ces croyants, comme Mahshid, Manna et Yassi qui avait trouvé dans la république islamique le pire de leurs ennemis. Ils avaient eu à affronter la trahison alors que les autres, dont je faisais partie, se trouvaient simplement en face d'une oppression qu'ils haïssait depuis toujours. "Page 413
"Lire Lolita à Téhéran" de Azir Nafisi, 11.95€
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