Troisième et dernier titre de la rentrée littéraire l'Iconoclaste que je lis avec le plus épais et le plus dense. Second roman de la jeune autrice Joséphine Tassy, après "L'indésir", publié en 2023. J'avais eu la chance de la rencontrer dans la librairie où je travaillais à l'occasion justement, de la sortie de son livre précédent. Lorsque que j'ai vu qu'elle en sortait un second j'avoue que ma curiosité a été titillée. Un roman avec une belle couverture d'une femme multicolore, telle un caméléon, c'est un peu justement ce qu'est le personnage principal finalement. Et plus de 630 pages, donc autant vous dire que je l'ai lu en plusieurs jours, quatre jours si je me souviens bien.
Je ne vais pas trop vous en dire sur ce roman mais en gros, il parle d'une amitié entre trois personnages, Thessa, Noé et Jypsi, depuis leur adolescence jusqu'un peu avant leurs 30 ans. Notre héroïne est Thessa, 15 ans au début du récit qui en aura plus de 35 à la fin. Une jeune fille issue de l'union entre Hélène sa mère, une femme blanche un peu bourgeoise, et son père zanzibari, Salim, un homme vivant à Londres qui ne s'est jamais occupé d'elle alors qu'elle était enfant. Une jeune fille qui a toujours vécu proche de sa mère plutôt copines que mère et fille. À 15 ans elle fait la connaissance de Jypsi, cette jeune fille qui l'épate, alors qu'un jeune noir est tué injustement. Elles formeront ensuite un groupe soudé avec Noé, ce jeune issu d'une cité qui se dit être pauvre. Un clivage social entre ces trois, mais ne les empêchant pas d'être très amis.
Le récit alterne entre le moment de leur adolescence jusqu'à leur vingtaine, ainsi que des moments du présent où Thessa, âgée de plus de trente-cinq ans s'adresse à quelqu'un dans une lettre. Chaque chapitre comportant un seul mot, est une alternance entre l'adolescence et le début de la vie adulte. Exemple "symbiose" et "symbiose version originale" durant lesquelles on navigue dans les périodes de la vie de Thessa. Une jeune fille en quête d'identité et de réponses, qui n'hésitera pas à se rendre sur l'île d'origine de son père Zanzibar et à y rester quelques temps. Elle fera la connaissance de David un homme britannique duquel elle tombera éperdument amoureuse. C'est littéralement le récit de l'amour sous toutes ses formes, un amour souvent trop dur à encaisser et à vivre pour une seule personne. C'est le rejet également, les personnes qu'on aime qui partent loin, c'est tenter de trouver un but à son existence.
Une lecture extrêmement dense, où les sentiments de notre protagonistes sont clairement développés tout au long du récit. Il y a beaucoup de sexe également je préfère le dire, comme une exploration du corps et de ses désirs les plus profonds. C'est le questionnement tout au long du récit de son identité de métisse, c'est la perception qu'on les autres d'elle-même et les interrogations qu'ils ont, quant à sa couleur de peau. C'est David qui lui dit « Je n'avais jamais aimé une noire avant toi » page 274. C'est la maladie également, qui touche de près la jeune femme "Bouchta est schizophrène parce qu'il donne du sens à ce qui n'en a pas. Les schizophrènes ne sont pas les seuls à avoir cette tendance. Pour les autres aussi, les mots sont quelquefois chargés d'émotion dont personne ne les a investis. Des autres, ceux qui ne sont pas fous, on dit qu'ils sont sensibles." page 382.
C'est également un livre profondément féministe d'une jeune fille voulant se réapproprier son corps après s'être laissée aller mentalement et physiquement à un homme pas bon. « En 2025, en France, cent-soixante quatre femmes ont été tuées par des hommes qu'elles ont aimés. Il faudrait compter aussi les femmes en fuite, qui vivent dans la peur, les femmes blessées pas encore tuées. Il faudrait compter les femmes qui meurent à l'intérieur». Page 600. Un moment difficile où elle s'adresse à quelqu'un dont on saura l'identité à la fin, suite à un drame qui l'a touchée. La France, Zanzibar, les séjours à Los Angeles pour aller voir Jypsi partie là-bas pour devenir actrice, et ensuite Londres, sont les théâtres de la vie de notre jeune héroïne.
Une lecture parfois intense, avec beaucoup de questionnements sur soi-même et les autres, qui m'ont fait même me poser des questions sur ma propre personne et fais réfléchir à mes choix de vie. L'amitié, l'amour, la famille, des relations que l'on choisit pour certaines et d'autres avec lesquelles on a pas le choix de vivre, mais qu'on peut décider de stopper ou de modifier si elles ne nous conviennent pas. Une lecture que j'ai bien aimée, l'autrice possède une très belle plume, mais j'ai trouvé parfois certains passages un peu longs. Je ne suis plus tellement habituée aux gros pavés.
"Vagabondes" de Joséphine Tassy, 22€
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