Ayant vu ce polar japonais, comme très souvent, sur le compte Instagram de l'éditeur Belfond, je me suis dit que ce serait une histoire intéressante. Je me suis donc replongée dans un polar japonais, ils ont une ambiance assez particulière. Je pense que ceux que je préfère sont de Yusuke Kishi, qui avec « La leçon du mal » et « La maison noire » nous présentent un Japon guère reluisant, prêt à tout pour arriver à ses fins. On casse donc le mythe de la société nippone parfaite en apparence pour plonger dans ses tréfonds. Et c'est ça que j'aime dans ce genre de roman, car on ne parle pas assez des côtés sombres de la société, qui n'a pas que des avantages, loin de là.
Dans "J'ai tué le professeur", premier roman traduit en français de Mina Sakurai, elle dénonce clairement une critique du système éducatif japonais, entre le harcèlement, la pression des parents, et la corruption du corps enseignant. Des réalités peu sympathiques que l'on retrouve également dans le système scolaire coréen, ayant lu et vu beaucoup de choses en rapport avec ces sujets. Il m'a un peu fait penser par quelques aspects à « La leçon du mal » de Kishi, de par le fait que le récit se passe entièrement dans un lycée, et qu'on y suit plusieurs points de vue d'élèves. Au tout début du récit, on fait la connaissance de Jun Okusawa, professeur d'anglais de 27 ans, charismatique et sympathique. Sauf que. Un jour à l'heure du déjeuner alors qu'un exercice catastrophes naturelles est mis en place, le jeune professeur se jette du haut du toit. Que s'est-il passé pour qu'il en arrive là ? D'autant que sur le tableau d'une salle de classe est écrit « J'ai tué le professeur ». S'agit-il donc d'un suicide ou d'un meurtre ?
Grâce à une alternance de cinq points de vue durant le roman, quatre points de vue d'élèves et le dernier celui du professeur, on va en apprendre plus sur comment le jeune homme en est arrivé là. En premier on va avoir Ritsu Tobe, un jeune homme assez dissipé, jaloux de la popularité du professeur, qui va être le premier à découvrir la vidéo qui va être à l'origine de tout. Une vidéo dans laquelle il reconnaît la cravate du professeur, en contact physique très proche avec une élève. Il relaye donc cette vidéo afin de prévenir tout le lycée de ce que fait le fameux professeur. Ensuite on a Kannon Kuroda, une jeune fille studieuse quasiment première de sa classe, qui pense qu'elle va rentrer dans une des meilleures universités de Tokyo, et devenir boursière. En effet elle n'a pas beaucoup les moyens, et cela lui permettrait d'étudier de façon sereine. Sauf que la situation va se compliquer… Ensuite Nao Momose, fan absolue du professeur qui l'appelle même Junjun, elle est clairement amoureuse de lui, elle lui offre même des cadeaux. Et pour finir, on a Haruto Kominato, un jeune homme issu d'une famille riche où le père et le grand-père sont médecins. Mais il n'a guère envie d'embrasser cette carrière, il choisit donc la filière littéraire et à la dernière minute une opportunité va lui être proposée... Le dernier point de vue concerne celui justement du professeur, dans lequel on remonte le temps pour comprendre ce qu'il s'est passé.
Un roman assez cash sur ce qu'il se passe au sein du système scolaire japonais, intransigeant, prêt à tout pour arriver à ses fins, quitte à faire le pire. J'ai bien aimé ce roman, bien que l'alternance de points de vue entraîne une répétition de certaines scènes, comme la fameuse où chacun des élèves voit le professeur se suicider. Cependant, chacun a une histoire différente, et apporte une pierre à l'édifice pour comprendre la finalité de l'histoire. Un polar engagé, qu'il est nécessaire je pense de lire pour en savoir plus sur cette société de la réussite à tout prix.
" J'ai tué le professeur" de Mina Sakurai, 21€
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