Un premier roman qui m'intriguait de par le fait qu'il sortait aux éditions de l'Iconoclaste, mais également en raison du sujet. Un autre roman se déroulant en Iran, vous le savez, souhaitant lire plus de romans se déroulant dans ce pays à l'actualité si brûlante. Après avoir lu « Lire Lolita à Téhéran » lors d'un voyage en Espagne, lorsque j'ai vu ce titre-ci qui allait paraître aux éditions de l'Iconoclaste pour la rentrée littéraire, je me suis dit qu'il serait très intéressant de le lire, et j'ai eu entièrement raison. Lu en une journée d'une traite.
L'auteur, Olivier Grondeau, nous raconte dans cet assez court roman d'un peu plus de 200 pages, ses 72 jours de détention en garde à vue sous l'autorité du ministère du renseignement en Iran. En effet, il souhaitait rejoindre l'Inde comme étape finale, en traversant l'Iran, et s'étant retrouvé emprisonné par erreur. Vous le savez probablement, mais les droits de l'homme et l'Iran ne riment pas réellement, et vous pouvez être emprisonné pour à peu près n'importe quelle raison au sein de la république islamique d'Iran. Ils n'ont pas réellement besoin de preuve pour vous faire enfermer, sans pouvoir prévenir votre famille et sans avoir droit à un avocat.
C'est exactement la situation de l'auteur qui raconte cette détention dans ce roman. Forcément, ce ne sera pas la lecture la plus joyeuse, car il s'agit d'une expérience traumatisante autobiographique, en plein dans l'actualité. Cependant je l'ai trouvé particulièrement intéressant pour en savoir plus sur le régime et ses méthodes. Olivier Grondeau a toujours été habitué de peu. Il a toujours voyagé, étant parti huit ans sur les routes et ayant voyagé chichement. Il a pu faire des rencontres incroyables au long de sa vie de voyageur. Il avait quelques connaissances en Iran, et c'est un peu ce que lui reprochait l'État islamique lorsqu'ils l'arrêtèrent un jour de temps radieux dans la ville de Chiraz où il était alors à son hôtel.
L'État cherche alors à tout prix à l'enfermer, trouvant des raisons complètement aléatoires pour ce faire. Au total, il sera enfermé plus de deux ans et demi avant d'être libéré le 17 mars 2025 après 887 jours de prison. Un chiffre qui fait clairement froid dans le dos, mais représentatif des sentences aléatoires envers les iraniens et les étrangers... Au début, le jeune homme ne comprend pas ce qui lui arrive, étant interrogé à plusieurs reprises par les services du renseignement, essayant à tout prix de lui faire cracher la vérité, comme quoi il serait un espion pour l'État français. Ils ne comprennent pas pourquoi il visite des contrées isolées d'Iran, et qu'il ne joue pas au touriste classique. Pourquoi il est revenu en Iran « l'Iran on y vient pour la culture, on y revient contre le régime » page 21. Ils fouillent dans son ordinateur, et inventent des soi-disant preuves afin de prouver sa culpabilité.
Il sera le seul étranger enfermé parmi des iraniens, communiquant avec eux comme il le peut, grâce au peu de vocabulaire persan qu'il connait, et en en apprenant sur place. Certains parlent anglais ce qui facilite la communication. Durant ces 72 jours il ne pourra pas appeler sa famille et n'aura pas droit à une réelle défense. Il se plongera dans les méandres de sa mémoire pour survivre, dans les petits bonheurs du quotidien afin qu'il tienne le coup. Il a été enfermé en même temps qu'une de ses amies Ana, une femme qui lui a fait le signe vingt et un, juste avant son enfermement. Il est donc persuadé qu'il sortira après 21 jours. Finalement son sort sera bien différent... Il nous raconte ses partenaires de cellules, entassés à beaucoup trop pour la surface, tous emprisonnés pour des raisons qui n'ont pas lieu d'être. Les quatre-cent pas au sein de la cellule de lui-même et de ses compagnons, le sommeil comme échappatoire, les médicaments pour aider à tenir, le Coran pour implorer un dieu en espérant sortir de là.
Il n'aura simplement pas eu de chance, s'étant trouvé en Iran en même temps que le mouvement "Femme, Vit, Liberté", étant accusé par le régime de soutenir ces "émeutes". Bref un récit d'incarcération fort, dur, mais également avec un peu d'espoir, Oli comme il se surnomme, faisant semblant, afin de se raccrocher à la vie. Semblant de regarder un film, semblant d'appeler ses proches afin de tenir le coup. Quand on sait qu'en plus de ses 72 jours il a tenu plus de deux ans, c'est complètement hallucinant...
Une lecture que je vous recommande vivement de découvrir si vous souhaitez en savoir plus sur le régime iranien, et sur un homme qui a vécu l'enfermement au sein de la république islamique d'Iran.
" Joseph dans la nuit" de Olivier Grondeau, 19.90€
Commentaires
Enregistrer un commentaire