Le tout dernier Yasmina Khadra que je souhaitais lire, prêté par une amie. J'ai seulement lu "Morituri" et "Coeur d'amande". Le premier est complètement loufoque et le second très beau. Ayant beaucoup aimé la plume de l'auteur, j'avais assez hâte de découvrir son dernier. L'auteur algérien ayant été militaire, se consacrant désormais à l'écriture depuis le début du XXIème siècle, nous plonge dans la Palestine/Israel actuelle. Le théâtre des exactions que l'on connaît en ce moment et du climat particulièrement tendu.
Le début du roman se déroule à Paris où un éditeur du nom de Alexandre Yakovlevoi travaillant pour un petit éditeur découvre un jour sur son bureau le manuscrit d'un certain W.Omr, se déroulant en Palestine et racontant les malheurs du peuple. L'éditeur fou de rage tente de comprendre qui a bien pu mettre ce "torchon" sur son bureau, avant d'être kidnappé et de se réveiller dans une pièce toute sombre d'un lieu inconnu. Là-bas, l'auteur du manuscrit lui lit son oeuvre, le but étant qu'il comprenne le malheur de son peuple dont tout le monde se fiche. Le récit est donc celui de la détention de Yakovlevoi, et la lecture du manuscrit de celui qui se dit être prêcheur.
Le manuscrit nous présente donc Wahid, enfant au début du roman, vivant avec son oncle, frère de son défunt père. Ses parents sont morts, il doit donc vivre avec eux, qui ont eux-mêmes quatre enfants, trois fils: Adem, Ashraf et Ramzi et une fille Nesreen, très proche de Wahid. Les deux cousins Wahid et Nesreen seront dans pleins d'aventures ensemble. Ils vivent à Bassam une petite ville que quittera ensuite notre narrateur. Il vit donc avec la famille du côté de son père, car sa mère était chrétienne et son grand-père maternel souhaitait l'élever, chose qu'a foncièrement refusée son oncle. Au final, ils ont pris leur neveu surtout par convention sociale, ils ne s'en occupent guère. L'enfant puis jeune homme se rend rapidement compte qu'être palestinien dans ce territoire ou la tension est perpétuellement présente, est dangereuse. Ce qu'il réalisera notamment en 1982. « Les massacres de Sabra et Chatila annonçaient le retour de ce que l'on croyait banni définitivement depuis les tueries industrielles qui avaient plongé l'Europe dans l'ignominie. Plus jamais ça jurait-on après l'Holocauste. Hélas, avec l'homme oublieux de ses serments, il ne faut jurer de rien. » Page 89.
Le petit garçon, cherche de l'attention ailleurs que dans sa famille où il a rapidement compris qu'il était de trop, auprès notamment de Zev, vieil homme sage vivant en ermite, juif palestinien. Un homme qui lui apprendra beaucoup, tout comme Shaheen, deux figures paternelles dont manque Wahid. Le jeune garçon s'interroge sur ce territoire, sur pourquoi les palestiniens doivent subir autant de haine. À la page 114, il discute avec Adriel de ce que Shaheen lui avait dit. "- Il disait que c'était le paradis avant que les Britanniques ne ramènent d'Europe des contingents de survivants de l'Holocauste. –Il t'a compté fleurette. Cette terre saint a toujours été le théâtre de conflits inextricables, le vivier par excellence des massacres et des représailles. - Et ça va durer jusqu'à quand ? - Tant qu'on n'aura pas dissocié la religion de l'idéologie. » Page 135. Un jeune homme musulman et l'autre juif, ayant grandi sur le même territoire et souhaitant simplement vivre en paix.
Ce roman est un véritable appel à la tolérance, de vivre les uns avec les autres peu importe la religion, et que ce n'est pas incompatible d'être musulman et de rentrer dans une église. Que la religion quelle qu'elle soit, est importante et soulagement. Au début de sa vie, notre protagoniste est musulman, puis il embrassera l'autre partie de lui-même. Plus tard, il vivra dans la ville de Massina, alors qu'il travaille et étudie, et fera la rencontre d' Adriel, jeune homme juif duquel il deviendra très proche. Il vivra ensuite à Bethléem et ne retournera quasiment pas à Bassam où la famille de son oncle vit toujours, frappée par de nombreuses tragédies.
La plume de Yasmina Khadra est belle, pleine de poésie, nous montrant un peu la réalité du monde. Le naufrage de l'humanité d'aujourd'hui. En aucun cas l'auteur prend partie, il n'y a pas de discriminations, il n'y a pas de méchant et de gentil, juste la réalité de ce qu'il se passe sur ce territoire sujet depuis bien trop longtemps à de nombreux conflits. Une lecture que je vous encourage vivement à découvrir si vous souhaitez en savoir plus sur les conditions de vie en Palestine/Israël, ainsi que d'avoir le point de vue du peuple palestinien vivant sur place.
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