Un nouveau titre japonais terminé hier au moment où j'écris. Sortie en septembre chez l'éditeur que j'adore et dont je vous parle très souvent Le bruit du monde, j'avais absolument hâte de le lire. Lorsque je suis rentrée en France après mes trois mois en Corée à l'automne dernier, c'est un des premiers romans que j'ai achetés. Je me le suis gardé de côté puisque je l'ai lu finalement à la fin du mois de mars. Justement pour le début du printemps, comme le titre l'indique. Ce n'était pas forcément fait exprès, mais la finalité était là.
«Un printemps au goût de mochi » de Sawako Natori, nous plonge dans la librairie du vendredi, située dans la petite gare de Nohara. J'ai regardé si la ville existait vraiment, et plusieurs villes japonaises du même nom existent bel et bien, dont une située au nord-ouest de Tokyo, je pense donc qu'il s'agit de celle-ci. On va suivre un jeune étudiant du nom de Fumiya, étudiant à Tokyo. Un jour il se rend un peu par hasard dans la fameuse librairie du vendredi dont il a entendu parler, où apparemment vous trouveriez le livre que vous cherchiez à coup sûr. Il y va une première fois sans grande conviction, prenant le train jusqu'à la gare, la librairie se situant à l'intérieur de celle-ci. Il découvre alors rapidement les trois employés principaux de cet établissement pour le moins particulier. Waku, le propriétaire, un homme assez antipathique qui n'hésite pas à jurer plusieurs fois par jour, avec les cheveux blonds rasés, "Abruti ! C'est un lapin nain bélier, une race qui a toujours les oreilles pendantes !». Page 108. Sugawa, un employé très sympathique avec des yeux bleus très perçants, assez taiseux, qui prépare souvent les boissons et les plats que proposent la librairie dans sa partie salon de thé. Et enfin pour terminer à Makino, une libraire adorable que notre jeune garçon va rapidement bien aimer.
Fumiya se balade un peu par hasard dans cette grande librairie qui extérieurement ne paye pas de mine, et Makino vient rapidement à lui. Elle va même lui montrer la réserve de la librairie, située en souterrain, sur un quai de gare aménagé qui aurait dû voir passer le train depuis Tokyo. Les travaux ne se sont finalement jamais faits, et ce quai de gare impromptu, sert de réserve pour les livres. Notre jeune garçon découvre cette réserve avec des yeux ébahis, moi-même j'imaginais complètement les lieux et je me serais bien imaginée là-bas. Vous allez sûrement penser "encore un livre japonais se passant dans une librairie on en a marre". J'avoue que je n'avais aucune attente véritable avant de lire ce roman, je savais simplement que la maison d'édition proposait de bons titres, j'imaginais donc que je ne serai pas déçue. Mais franchement bien que moult livres notamment japonais aient déjà été proposés sur des sujets très ressemblants, j'ai trouvé cette lecture pour le moins unique et vraiment bien.
Notre jeune protagoniste déambule alors dans les rayons aidé de la fameuse libraire, trouvant alors le roman qu'il cherche, afin de l'offrir à son père. En effet il avait perdu l'exemplaire emprunté, et il se doit de le récupérer, d'autant que son père est à l'hôpital. Le jeune garçon est le descendant de toute une génération de libraires, son père étant le dirigeant d'une des plus grandes chaîne de librairies du Japon, mais ne s'imagine pas pour autant reprendre le business familial. En effet, il ne lit guère, et ne réussit pas à terminer les rares romans dans lesquelles il met le nez. Finalement il se retrouve un peu malgré lui à travailler à temps partiel dans l'établissement en plus de ses études. Il va rapidement trouver un certain confort et bonheur à venir travailler plutôt que d'aller étudier à la fac. Il va faire les retours de livres, faire des tables selon les thématiques, bref bien qu'il en sache déjà un peu sur le métier de libraire, il se rend rapidement compte que la place du client et du libraire sont très différentes. Ce que j'ai apprécié, est que effectivement on apprend beaucoup de choses relatives au métier de libraire ce qui m'a rappelé des souvenirs.
Les jours passent, les semaines passent, les clients défilent, et notre jeune homme va faire de son mieux pour les accueillir bien qu'il va se retrouver dans quelques situations pour le moins inconfortables et insolites... Le roman est divisé en quatre chapitres qui va nous plonger dans le quotidien de cette librairie, avec à chaque fois un client comme protagoniste principal grâce auquel un fil se dénoue, et nous plonge en plein dans la littérature japonaise. L'autrice a rempli son roman de références de titres japonais et d'auteurs, chose que j'ai particulièrement appréciée, car j'ai pu découvrir beaucoup de choses. Certains sont traduits en français, d'autres non, et tous les titres recommandés dans le roman sont mentionnés à la fin de celui-ci.
La seule chose que j'aurais à reprocher à ce roman, est la répétition de certains éléments du récit, comme le fait que la librairie se situe dans la gare, qu'une ancienne librairie lui a légué tout son stock, et quelques autres éléments répétés au fil des chapitres, chose que je n'ai pas vraiment comprise. J'ai bien aimé qu'on ait des personnages assez diversifiés, certains haut en couleurs et qui changent un peu de ceux qu'on peut retrouver généralement dans la littérature japonaise surtout de ce type feel-good. Par exemple dans le chapitre deux une cliente très peu sûre d'elle et de l'homme avec lequel le mariage est prévu, dit « A vrai dire, depuis la fin de mes études, je n'ai plus aucun succès auprès des hommes. Certes, je ne fais pas d'efforts pour en avoir. Physiquement et intellectuellement je suis à peine dans la moyenne. Et niveau sex-appeal et sociabilité, je figure carrément dans le bas du panier. J'ai des sujets de conversation très spécifiques, je me tiens aussi éloignée de tout ce qui est mode ou beauté, je suis très loin de me distinguer sur le plan professionnel, et tenir une maison ou éduquer des enfants ne m'intéresse pas. Pour moi le mariage est une coutume venue d'une autre planète. » Page 112. J'ai beaucoup aimé ce genre de phrase assez honnête, qui casse un peu les clichés sur le mariage notamment au Japon, où la femme est très souvent cantonnée à élever les enfants et faire la cuisine.
Une lecture que j'ai beaucoup appréciée de par sa singularité, le fait qu'elle se déroule dans une librairie, donc un lieu quand même sympathique propice au calme, à la découverte et à la rencontre, ainsi que tous ces personnages uniques plus ou moins haut en couleurs proposés. Sachez que le tome suivant paraîtra au début du mois de mai, que je l'ai déjà reçu et que j'ai vraiment hâte de pouvoir le découvrir. Bref une lecture pas gnangnan, avec de vrais sujets de vie, et parfois même très originaux que l'on retrouve que très rarement dans d'autres romans.
" Un printemps au goût de mochi" de Sawako Natori, 19.90€
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