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L'usure d'un monde

Un titre que j'ai enfin sorti de ma PAL, inspirée par une personne que je suis sur Instagram qui l'avait justement lu. En plein dans l'actualité concernant l'Iran, ainsi que sur le droit des femmes, j'ai donc lu ce roman le 8 mars, pour la journée internationale du droit des femmes. Le sujet tombait à pic mêlant femmes et l'Iran. Lu d'une traite dans la journée, j'ai beaucoup aimé cette lecture grâce à laquelle j'en ai appris plus sur le pays, temps au niveau de la situation politique que je connaissais déjà un peu, qu'au niveau de l'histoire et de la géographie. Je me suis rendu compte que l'Iran était un pays très vaste et très grand, assez méconnu de par sa situation politique semblable à une dictature, n'étant pas libre de vos faits et gestes. L'ancienne Perse avec notamment la ville de Persépolis était à l'époque, un territoire très important, représentant la première superpuissance mondiale vers 500 avant J.C, avant de devenir telle qu'on la connaît, un état islamique, régi par les règles de l'islam radical.

Le pays a officiellement un président, qui n'a pas un grand rôle puisque l'ayatollah, est celui qui régit complètement le pays. C'est clairement l'envoyé de Dieu et il faut lui obéir. L'État étant officiellement une théocratie autoritaire basée sur la religion. L'ayatollah est le guide suprême qui contrôle la justice l'armée et les médias. Une dictature en somme. Celui qui a la sagesse religieuse et la toute puissance. Depuis le 28 février de cette année, le dictateur Khomenei est mort. 

Grâce à ce récit qui se déroule entièrement en Iran sur plus d'un mois, l'auteur français François-Henri Désirable nous raconte comment fin 2022 il a décidé d'entreprendre ce voyage qu'il voulait faire depuis longtemps. Fortement inspiré par le livre de Nicolas Bouvier "L'usage du monde", ( publié en 1963, racontant l'épopée faite en 1953 entre Nicolas Bouvier et Thierry Vernet, sur plusieurs pays dont l'Iran. Le livre prônant une immersion totale. Les deux compères s'étant arrêtés plusieurs mois à chaque fois, afin d'en savoir plus sur la population locale, tout ça raconté dans une écriture sobre poétique et humble). Notre auteur des décennies plus tard, se décide à son tour à se rendre dans l'ancienne Perse. Une fascination, un intérêt, une curiosité pour cet état très instable politiquement, fortement déconseillé par les autorités françaises. Pour autant, il décide quand même de s'y rendre malgré les risques encourus. En effet plusieurs étrangers sont enfermés dans des geôles depuis des mois, subissant torture et intimidation, dans cet état de non droit. Leur procès est expédié et ils sont accusés de tout et n'importe quoi pour ne pas qu'ils ternissent l'image de l'Iran en montrant la réalité du pays. 

L'auteur rentre finalement sur le territoire bien plus facilement qu'il n'y pensait. Bienvenue à Téhéran. Quasiment plus de Français sont alors présents sur le territoire iranien, le pays étant considéré comme trop dangereux. François-Henri Désirable se retrouve alors dans la capitale iranienne, où les soulèvement sont nombreux. Les jeunes filles notamment étudiantes osent retirer leurs voiles, et scander "Femme, vie liberté", le slogan qui a fait le tour du monde. Les hommes eux aussi souhaitent la mort du dictateur en hurlant à qui veut l'entendre « mort au dictateur ! » chacun se jaugeant savoir s'il soutient ou non le régime alors en place, celui de la théocratie, ou plutôt comme l'appelle l'auteur, une klepthanatocratie, soit le mix entre une kleptocratie et une thanatocratie, c'est-à-dire un régime corrompu qui s'approprie les richesses d'un pays et se maintient au pouvoir en réunion par la mort et par la peur des mises à mort » page 42. L'auteur nous partage alors son ressenti à son arrivée, les gens qu'il rencontre, les iraniens étant très gentils et très curieux de voir un français sur leur territoire et quand bien même la communication est difficile, il montre un peuple en colère qui veut se débarrasser du guide suprême. En plus d'un mois sur place, il ne rencontrera qu'une seule personne pro Khomeini, qui scande haut fort ces idées tout comme ses opposants le clament aussi fort.

Évidemment en dehors de l'aspect touristique, l'auteur souhaite écrire un livre sur cette expérience. Il nous fait part du fait qu'il est surveillé, que les photos qu'il prend sont envoyées à des amis en France puis supprimées depuis son téléphone afin d' éviter d'avoir des problèmes. Les rares applications qui fonctionnent sur le territoire iranien est Skype, avec laquelle il communique avec les locaux et les personnes sur place. Il doit faire absolument attention à ce qu'il dit et fait, pour ne pas avoir de problèmes avec la justice qui est comme on le sait expéditive et ne respecte pas les droits humains fondamentaux. Il fera le tour de l'Iran durant plus d'un mois, renouvellera son visa pour rester justement plus de 30 jours sur place, et nous montrera un Iran qui clairement touristiquement parlant du moins, donne envie. J'ai regardé un peu quelques photos des villes citées comme Ispahan et Chiraz, qui sont vraiment très belles. Il ira dans des endroits très différent, certaines villes étant très à cheval sur la religion comme la ville de Qom, où tout le monde respecte la religion, contrairement à Téhéran où vous pouvez hurler votre haine envers l'ayatollah. À vos risques et périls évidemment. Il fera la rencontre de plusieurs iraniens, tous opposés au régime, ainsi que d'étrangers dont des Suisses et des Allemands. Il racontera des anecdotes particulièrement drôles concernant un couple de Suisses qui voyagent en Iran et dans les pays alentours, dépensant le moins possible et ne prenant pas du tout parti politiquement parlant. La Suisse en somme, toujours neutre.

Certaines anecdotes sont drôles malgré la situation du pays particulièrement compliquée, mais l'auteur garde toujours des notes d'humour. Il rencontre des jeunes Iraniens, alors mollah, souhaitant devenir ensuite ayatollah, parce que être ayatollah c'est comme être "avant centre au PSG ou au Barça, une star. Pas du foot mais du clergé chiite". Le cliché comme quoi l'Iran déteste les États-Unis se déconstruit peu à peu, les Iraniens ne détestent pas les Américains. Cependant l'État islamique iranien déteste l'État des États-Unis. D'ailleurs on peut le voir dans le conflit actuel. Lors d'un match de foot entre les deux nations, l'auteur observe la réaction inattendue de deux iraniens, qui se réjouissent de la victoire des États-Unis et de la défaite de l'Iran et tous trinquent avec de l'alcool quand bien même celui-ci est interdit.

La place des femmes est évidemment bien évoquée, d'un œil extérieur, en tant que français européen vivant dans un pays libre. L'auteur rencontre de nombreuses femmes et notamment des jeunes femmes qui doivent porter le hijab ou le tchador, car sinon elles seront enfermés, mais celle-ci protestant et manifestant, et certaines même arrachant leurs voiles et se coupant les cheveux, gestes qui représentent une véritable offense dans un pays comme l'Iran. L'auteur dit « et puis bien sûr, il y a les viols. On rapporte des cas de jeunes filles implorant qu'on leur donne la pilule : elles ne veulent pas, en plus, tomber enceinte de leurs bourreaux. On rapporte aussi des cas de jeunes filles qui, à peine sorties de prison, se donnent la mort ou n'osent plus mettre un pied dehors. C'est que les viols, il arrive qu'on les filme, et leurs victimes ont tout intérêt à se tenir à carreau, sans quoi les vidéos pourraient bien se retrouver sur Internet. Voilà ce qui peut arriver, ce qui arrive, quand on est fait prisonnier politique en république islamique" page 41. Une réalité de laquelle on est bien au courant à l'autre bout du monde...

Je ne vais pas tellement vous en dire plus, mais le roman mêle tourisme, découverte de A à Z d'un pays particulier, que découvre l'auteur, un peuple gentil, qui souhaite être libre et chasser leur dirigeant suprême. Avec la police des mœurs, qui punit toute personne qui se rebellerait et n'obéirait pas aux règles du dirigeant tout-puissant. Le climat également de surveillance continue, ne sachant pas si l'on peut faire confiance à quelqu'un, s'il n'est pas un espion et s'il ne finira pas par vous torturer et vous tuer car vous exprimez votre désaccord quant à la politique. C'est un peu ce qui guette notre écrivain, lui-même allant se retrouver confronté à un interrogatoire.

Une lecture passionnante, assez courte mais très forte et concise, d'un périple de plus d'un mois sur un territoire très instable et compliqué. J'ai appris beaucoup de choses, j'ai même eu envie de visiter quelques villes là-bas, souhait qui ne se fera évidemment pas avant très longtemps je pense. Il visite des contrées même inconnues de certains Iraniens, découvrant des tout petits villages et des façons de vivre complètement différentes de lui. J'ai adoré ces moments-là. 






" L'usure d'un monde" de François-Xavier Désérable, 8.90€



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