Une nouveauté au Bruit du monde sortie début mars, que je voulais évidemment lire. Déjà de par sa très jolie couverture, ensuite de par le sujet (encore un roman sur la famille), le fait que l'autrice soit assez jeune et que ce soit son premier roman, et ensuite pour finir, parce que évidemment il s'agit d'un titre au Bruit du monde éditeur que j'aime tant. Je fais une véritable collection des titres de cet éditeur, je vous l'avais montré sur mon compte Instagram, et je compte justement en faire une vidéo prochaine. Bref, pour ce nouvel article, j'ai le plaisir de vous parler de « La part des vivants », de Sophie Boutière-Damahi, une jeune femme journaliste indépendante, qui a décidé de situer son roman entre Marseille et la Ciotat. Du Bruit du monde, j'ai déjà lu deux livres qui se passent à Marseille, le premier "Cargo blues" de Audrey Sabardeil un polar montrant le côté sombre de la ville, et « Marseille, et suite tes armes » de Amine Kessaci, une sorte de lettre ouverte à son frère décédé à cause du narco-trafic.
Cette fois-ci, le livre ne va pas évoquer des sujets aussi sombres se déroulant dans la cité phocéenne, mais pour autant, il va nous présenter les hauts et les bas de la vie d'une famille sur quatre générations. D'origine italienne, notamment de Naples, la famille est constituée au début de Anamaria, l'arrière-grand-mère de notre protagoniste principale Tania, qui au début se marie à Giovanni Ricci, avec lequel elle emménage à Marseille. Tous deux auront ensemble un fils, Bartolomeo, mais Giovanni trempe dans des petits trafics pas très légaux, avant d'être retrouvé mort. Sa veuve se remarie ensuite à Gennaro Nella, qui au moins ne fait rien d'illégal, étant pêcheur de métier. Ils auront un fils ensemble, Arturo, qui grandira avec son demi-frère Bartolomeo. Ce dernier se rapprochera de son beau-père, le considérant comme son père, ayant quasiment grandi sans le sien.
Gennaro est un homme bon, lui-même immigré, et devant vivre avec le climat de racisme ambiant s'installant à l'aube de la seconde guerre mondiale. Il refuse de livrer ses amis juifs, étant beaucoup trop intègre et reconnaissant à la France. On apprend alors, du moins j'ai appris car je ne le savais pas, que le maréchal Pétain avait défilé dans les rues de Marseille, venant directement en contact de ses citoyens, la ville ayant été considérée comme un petit peu le berceau du début du régime de la collaboration franco-nazie, avec la destruction de quartiers entiers où des familles juives vivaient. Le but était vraiment un assainissement et le début d'un renouveau... Contrairement à son père, Arturo se dit être français, et ne comprend pas l'affect qu'a son père par rapport aux minorités. Arturo n'est jamais allé dans le pays de ses parents, n'apprend pas l'italien, et souhaite même changer l'orthographe de son prénom afin de le franciser. Il critique même les juifs et ne comprend pas pourquoi son père est ami avec eux. De véritables divergences d'opinions se déclenchent alors dans la famille.
C'est ensuite la rencontre des différentes compagnes, Arturo qui rencontre Noémie, blessé dans sa fierté car finalement ce mariage va un petit peu à l'encontre de ses idées, tandis que son demi-frère Bartolomeo, se marie avec Louise. Ces deux derniers, se retrouveront finalement très proches de Georges, le fils de Arturo et Noémie, alors que la guerre éclate, et que les juifs commencent à être transportés dans les camps. Un climat de tension, de conflit et de peur apparaît alors que l'antisémitisme s'installe. Marseille devient alors une ville où la mort rôde. La cité phocéenne étant alors appelée la porcherie de la France, l'État français de collaboration souhaitant tout reprendre à zéro. Bartolomeo contrairement à son frère, décide d'aller habiter à la Ciotat, sur les chantiers navals, la ville de la Ciotat étant alors très importante dans la construction de gros bateaux. Une lutte qui durera longtemps, transmise à son fils Marius, qui continuera dans les traces de son père. Car sur les chantiers, la vie n'est pas toute rose, et avec l'économie post-guerre, le futur des chantiers naval devient alors très incertain. Marius se battra jusqu'au bout, fierté que tirera également sa fille.
C'est la volonté de renouer avec ses origines pour certains, d'apprendre même la langue italienne et le dialecte napolitain, d'aller retrouver ses racines, au contraire de devenir bien français, en mettant de côté l'immigration des parents. C'est la transmission, j'ai beaucoup aimé que le récit se déroule sur quatre générations, chose que j'ai pu par exemple découvrir dans le dernier roman de Philippe Manevy. Chaque personnage a sa propre vision de la vie, sa propre personnalité et embrasse le futur qu'il souhaite embrasser, le coupant parfois, pour certains personnages, avec le reste de la famille. Tenter de survivre alors que le monde va mal, essayer de se battre coûte que coûte. "Ne fais pas de lui un ennemi. » « Ce n'est pas un ennemi. Mais un traître. » « Tania… Nous sommes tous le traître de quelqu'un." page 48. Ne pas renier ses origines et continuer de naviguer entre Italie et France, la langue italienne et le dialecte napolitain étant très présents dans le récit, ce que j'ai particulièrement aimé, pour une véritable immersion. « Notre cuisine a ouvert un balcon sur Marseille, une mer sur Naples. » Page 270.
En bref une très bonne lecture, un roman prenant, chapeau car il s'agit justement du premier roman de l'autrice. J'applaudis pour l'intérêt des sujets évoqués, j'ai pu découvrir pleins de choses.
" La part des vivants" de Sophie Boutière-Damahi, 21€
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