Un titre que j'avais dans ma bibliothèque depuis fin janvier, c'était relativement récent, mais j'avais prévu de le lire rapidement. Finalement je l'ai lu un peu plus de deux mois après, comme je l'ai terminé début avril. Un roman qui parle de la dépression, fil conducteur de ce récit. Comme j'avais beaucoup aimé le roman précédent de l'autrice que nous avions accueillie en dédicace à l'occasion de la rentrée littéraire, j'avoue que j'avais hâte de lire celui-ci. Sujet complètement différent de son précédent, dans lequel la place du sexe et de la nourriture était inversée. Un roman audacieux et original qui m'avait plu. Mon article à découvrir juste ici.
Dans celui-ci on va suivre Emilie, le début de la trentaine qui est magistrate. Une fonction chronophage qui empiète clairement sur sa vie, régulièrement, elle peut être appelée à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit, dormant même avec son téléphone à portée de mains. Un métier qu'elle adore, mais qui à cause de ces nombreuses contraintes et le fait de toujours devoir être disponible, la ronge chaque jour. Ne pas pouvoir aller prendre une douche sans son téléphone, de peur qu'on l'appelle pour une garde à vue, pour une décision quelle seule pourrait prendre et qui a un impact fort. On a clairement la vision de ce travail dont j'ignorais beaucoup de choses, qui a l'air assez passionnant mais clairement bouffeur de vie privée. En couple avec Mehdi et heureuse, son compagnon accepte les contraintes du travail de sa compagne, mais la pousse à s'inscrire à une retraite pour se retrouver entre elle et elle-même durant ses vacances. En effet, le médecin a posé son diagnostic, elle se rapproche du burnout...
Émilie accepte alors durant cinq jours de se rendre dans une espèce d'endroit, genre de retraite pour se reconnecter à elle-même avec au programme des activités comme des soins du corps, alors qu'elle déteste être luisante d'huile, des séances de relaxation et de méditation, et même de coloriage. On oublie son entourage et surtout son travail, et on laisse de côté son téléphone. Chose que va bien être obligée de faire Émilie, d'oublier son téléphone personnel ainsi que professionnel. Ces deux appareils qui étaient continuellement greffés à ses mains à cause de sa fonction. Elle rencontre alors des hommes et des femmes dans la même situation qu'elle, qui ont tous frôlé le burnout, ou qui sont en plein dedans. La rencontre avec ces personnes va lui faire prendre conscience de ses failles, et de tout ce qu'elle a vécu qu'elle se refuse à accepter. Entre Nora et Mathilde les exubérantes, Christine et Éliane plutôt taiseuses qui ne disent pas grand-chose sur elles, Alexandre toujours à travailler même à distance se refuse à accepter la situation, les jours de stage ce succèdent mais ne se ressemblent pas.
Le récit est divisé en chapitres relatifs aux jours de la semaine durant cette retraite. J'ai beaucoup aimé le récit, malgré le sujet quand même assez triste, d'actualité et sombre. Il y a quand même des phrases drôles qui font que le récit n'est pas plombant. Comme lorsque Alexandre parle des types de personnalité dans une entreprise et qu'il dit que les personnes rouges sont des personnes rapides et intelligentes. Emilie commente en disant que "ce n'était pas le rouge le plus vermillon de la palette". Elle se confie, sur comment à un moment au travail elle a perdu prise."Et puis un jour je n'ai plus eu de peau, plus d'armure. Tout est directement venu se planter dans ma chair. Je suis devenue toute à vif, je voulais crier dès qu'on me touchait. Il n'y avait plus aucun rapport entre les effets et mes pulsions. Le plus souvent j'arrivais encore à les tenir. Je recevais un mail contrariant, j'aurais voulu taper du pied pleurer me rouler par terre tirer sur ma veste griffer mon visage tordre mes doigts enfoncer mes ongles dans la peau de mes bras, et je me contentais de toussoter, respirer fort, me lever, faire un tour de mon bureau. Ni vu ni connu. Pour moi ça faisait déjà une grosse différence, de ressentir le besoin de faire ça. » Page 143.
Les effets du stress au travail sont clairement décrits, les situations de stress intenses par lesquelles est passée notre magistrate sont clairement évoquées, et clairement cela fait peur. Dans une société où on nous en demande toujours plus, l'humain devient un numéro interchangeable, et où il se retrouve à faire de plus en plus de tâches humainement ingérables. J'ai beaucoup aimé que l'autrice ne prenne pas du tout de pincettes pour nous parler de la vie professionnelle de certaines professions et de certaines personnes, auxquelles on ne penserait pas, pouvant faire largement écho au lecteur qui découvre ce texte. En tout cas je me suis retrouvée en Emilie, dans une moindre mesure car mon travail n'avait pas des situations aussi graves que notre protagoniste, mais lorsque j'exerçais en librairie, je me suis retrouvée à devoir faire des choses qui n'étaient pas prévues dans mon contrat, et subir énormément de stress et de pression...
La difficulté réside alors dans trouver l'équilibre, mais parfois pour certaines professions c'est impossible. Alors quoi faire, continuer sur cette lancée quitte à se perdre ? Ou abandonner, bien que ce travail soit votre passion ? Un texte fort que j'ai beaucoup aimé découvrir, dans lequel j'ai été émue, j'ai eu de la compassion pour notre héroïne, et j'ai même ri.
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