Second opus de la saga familiale de Philippe Manevy après "La colline qui travaille" qui explorait la vie de la famille du côté de sa mère à Lyon sur les pentes de la Croix-Rousse. Cette fois-ci l'auteur vivant à Montréal, nous parle de la famille du côté de son père en Auvergne dans un tout petit village. Le lecteur découvre alors le clan Manevy, à commencer par l'arrière grand-père Jules et sa femme Marie, l'homme grimpant ainsi sur l'échelle sociale. Tout comme le roman précédent, (qui aurait en fait dû former avec celui-ci un seul et même tome), on remonte jusqu'à la génération des arrière grands-parents. Leurs vies aux champs, la vie de l'époque et comment les Manevy ont toujours vécu dans l'Ardèche sans jamais, avant Claude ( le père de Philippe), quitter la terre de ses ancêtres.
Cette montagne ardente, omniprésente, véritable personne à part entière dans le récit, qui tient une place de poids. Le récit commence avec Philippe, M sa compagne et leur fils, se rendant dans la maison de famille du Crouchet, désormais louée. Une demeure qui a été dans la famille depuis des générations à un moment habitée, puis délaissée avant de revoir la famille l'habiter. Et notamment une immense armoire de famille, récupérée par la grand-mère de l'auteur, Jeanne. Philippe n'a jamais connu son grand-père Joseph, personnage phare de ce texte. Il a toujours été dans l'esprit de l'auteur comme une figure un peu mystérieuse, n'ayant connu que sa grand-mère veuve. Il ne connait qu'un portrait du patriarche assez austère. C'est donc l'histoire de cet homme, en partie. La grand-mère de l'auteur Jeanne, née Pouzols vient d'une famille de notables ayant accepté la venue de Joseph né Manevy issu d'une famille de bûcherons qui s'est élevée un peu plus haut sur l'échelle sociale via l'étude du notariat. La maison de famille du Crouchet a été rénovée par Jules l'arrière grand-père avant d'emménager dans la commune de Lespinasse.
Tout commence donc avec Jules et Marie, l'arrière grand-père paysan en quête de mieux s'étant dirigé vers le notariat. Son arrière petit-fils doute pour autant que son aïeul n'ait pas eu un tant soit peu un amour de la ferme, et n'ait seulement voulu s'élever au rang de la société. Philippe compare les générations d'avant où tout manquait et nos générations croulant sous le trop-plein. Lui n'ayant pas voulu suivre les traces familiales avec la profession de notaire, mais s'étant dirigé vers l'enseignement. Alors qu'il est en pleine rédaction de son doctorat, son esprit s'échappe pour imaginer la vie de son grand-père Joseph, qu'il n'a jamais connu. Au fil du temps il glanera des éléments de vie de cet homme, et remontera encore plus loin, une génération au-dessus. Des années plus tard une fois adulte et installé, il développera une sorte de nostalgie de la vie de famille au Crouchet, cette demeure de réunion ayant abrité en son sein tellement de vies et d'histoires. Pour autant le clan Manevy se réunit chaque année mais désormais dans un autre lieu.
Les parents de Joseph sont Marie et Jules, qui ont eu plusieurs enfants dont Victor qui devint prêtre. Il aurait apparemment rencontré Sartre, (un des personnages de ce dernier aurait été inspiré de Victor). Joseph s'est marié tard avec Jeanne, cette femme dont la rencontre a été arrangée comme c'était souvent le cas de l'époque. Julia la sœur de Joseph, ne se maria jamais et prit le rôle de la femme de la maison une fois sa mère décédée. Joseph qui toute sa vie fût reconnaissant au père Vissac, un de ses instituteurs de primaire avant de devoir aller en pension pour le collège, années qu'il détesta, avant que la guerre ne vint mettre en pause ses années d'éducation. La fierté de ses parents que leur fils étudie dans ce collège et réussisse. Le service militaire de Joseph une fois devenu adulte, envoyé à Paris. Le coup de foudre qu'il aurait eu pour une jeune femme, le mariage qu'il faillit vivre avec une autre jeune femme, pour finalement travailler dans un garage avant de se mettre à l'électricité. Sa passion des voitures, son travail en tant que notaire plus tard aidé de sa femme Jeanne avec laquelle il fit une union tardive. Un seul fils, Claude, le père de l'auteur qui lui aussi suivit les traces de son père dans le notariat. Pour autant il quitta l'Auvergne pour Lyon où il rencontra sa femme, lieu de départ de "La colline qui travaille". Des habitudes et un chemin de vie qui se transmet que brisa Philippe, ayant tout de même le besoin de revenir sur les traces de sa famille.
Ensuite Lyon, puis Montréal avant de revenir chaque année dans cette région que n'a jamais quittée ses ancêtres. La vie aux champs, la guerre, les mariages, les naissances, les deuils, les rêves, les aspirations... C'est de tout ça dont parle dans "La montagne ardente" Philippe Manevy.
Ce sont des anecdotes, des histoires de famille dans lesquelles le lecteur peut se retrouver en partie. Ce sont les femmes, formatées à la vie de famille qui aiment de tout leur cœur leurs enfants et leurs maris. C'est une vie proche de la nature qu'on ne voit pas différemment. C'est Jeanne la femme de Joseph ayant jusqu'au bout soutenu son mari et tenté de continuer de vivre après sa mort. C'est un texte que j'ai adoré découvrir tout comme le précédent, quelques moments de vie dans lesquelles j'ai pu me retrouver ( la maison de famille dans laquelle on se réunit qu'on ne peut pas garder). Un texte drôle, émouvant, mêlant récit romancé et vrais faits. Une façon pour l'auteur de rendre hommage à son grand-père et de le laisser partir une bonne fois pour toutes.
"La montagne ardente" de Philippe Manevy, 22€

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