Le second polar du mois de mars, après un autre s'étant déroulé au Royaume-Uni. Cette fois-ci on plonge dans un tout petit village irlandais, ça m'a d'ailleurs fait beaucoup rire car le roman se déroule juste à côté d'une ville où vit justement une de mes amies. Au niveau de la couverture et du titre on pourrait croire qu'il s'agit d'un polar domestique, ce qui n'est en fait pas du tout le cas. C'est mon ancien collègue qui me l'a prêté qui m'a dit "tu verras c'est très violent, ce n'est pas du tout un polar domestique". Après l'avoir terminé au bout de deux jours je rejoins complètement son avis. Même si j'ai lu pas mal de polars dans ma vie bien que ce ne soit pas le genre que j'ai le plus lu, je peux dire qu'effectivement celui-ci avait une particularité. Déjà notre héroïne Sally 42 ans, n'est pas dans la norme. Elle n'est socialement pas très conforme, n'a pas de second degré, est très honnête, elle n'est pas sur le spectre autistique mais sa particularité est hors norme. Elle n'est jamais allée à l'école, a été isolée de par l'éducation de ses parents tous les deux psychiatres, et elle vit toujours à plus de 40 ans avec son père suite à la mort de sa mère longtemps auparavant.
Au tout début du roman, les bases sont donc posées. Sally, notre protagoniste principale qui n'a jamais travaillé et n'a jamais vraiment côtoyé le monde extérieur, doit gérer la mort de son père qui survient au tout début. Il lui avait dit avant de mourir qu'elle n'aurait qu'à le sortir avec les poubelles, celle-ci le prenant au mot littéralement, et mettant son corps dans l'incinérateur. Malheureusement il n'est pas assez puissant pour se débarrasser du corps entier, la police est donc impliquée. Sally devient alors une attraction locale, la femme qui a essayé de brûler le corps de son propre père. Mais pour elle rien de bizarre, il est mort, elle est un peu triste mais elle gère bien la situation comme elle a du mal à être émotionnellement présente. Les éléments vont s'enchaîner, elle va faire la connaissance de plusieurs nouveaux personnages, dont des enfants auxquels elle va s'attacher. Elle va se rapprocher des parents, tandis qu'elle reçoit un vieux doudou de la part d'un fameux P, qui a envoyé ce colis depuis la Nouvelle-Zélande. L'enquête se poursuit donc, avec des lettres que reçoit anonymes Sally, et ce fameux vieux doudou qu'elle se souvient avoir eu lorsqu'elle était enfant.
L'ancien psychiatre qui était son père adoptif, lui a laissé des lettres à lire après sa mort. Sally les ouvre une à une, aidée de son amie Angela, et de sa tante Christine, la sœur de sa mère. Elle apprend alors qu'elle a été adoptée par le couple de psychiatres, et que sa mère biologique était une petite fille à l'époque âgée de seulement 12 ans qui a été retenue contre son gré par un homme malade. Une chasse à l'homme débute donc pour tenter de retrouver cet individu, des décennies plus tard. Ces conditions très particulières de naissance et de début de ses premières années de vie sont peut-être alors responsables d'un traumatisme profond qui fait que Sally a beaucoup de mal avec les relations humaines. Le récit alterne présent et passé, le présent étant donc la vie de notre femme de plus de 40 ans se retrouvant du jour au lendemain seule et apprenant des choses sur ses premières années de vie, des moments où on a de la compassion pour elle mais drôles aussi car sa personnalité est unique, et les moments du passé, sombres et morbides, grâce auxquels on en découvre plus sur la naissance et sur les premières années de vie de Sally. Ces moments sont particulièrement dark, j'avoue avoir été franchement dérangée durant la lecture.
La personnalité de Sally, est tellement unique que j'ai beaucoup aimé les moments du présent où elle sort un peu de sa zone de confort, n'aimant pas la proximité d'autrui, le bruit, sortir de sa routine, mais pourtant petit à petit c'est ce qu'il va se passer pour elle. Aidée de plus en plus de proches, elle va devoir appréhender son passé, ayant peur que le fou qui avait kidnappé sa mère revienne pour elle. Elle va même engager une garde du corps pour la protéger durant une fête, scène particulièrement drôle. Et finalement elle n'est peut-être pas si seule que ça. Les moments du passé se déroulant entre l'Irlande et la Nouvelle-Zélande, nous montrent une réalité assez horrible, ainsi que la puissance de l'endoctrinement et de l'isolement.
Un polar fort et puissant, que je m'attendais à être un petit peu de la même veine que "La menteuse", mais en fait n'avait absolument rien à voir. Je n'avais moi-même jamais vraiment lu ce genre d'histoire. Le fait que le roman se passe en Irlande m'a particulièrement plu, comme j'ai pu m'y rendre l'été dernier voir une amie et que certains lieux dont elle parle, je les visualisais. J'ai d'ailleurs demandé à mon amis si certains lieux mentionnés existaient bien, et c'est bien le cas, ce qui m'a bien fait rire. Bref le polar est quand même très sombre donc accrochez-vous. Je trouve que la puissance de celui-ci se résume au fait que l'autrice réussit à mélanger humour avec des situations rocambolesques, et noirceur.
«La voisine sans histoire » de Liz Nugent, 21,95 €
Commentaires
Enregistrer un commentaire