Un titre aux éditions Gallimard sorti lors de la rentrée littéraire automnale de l'année dernière. Le repré me l'a gentiment fait parvenir, me l'étant gardé pour plus tard, une fois la rentrée litt passée. J'ai pris mon temps pour ce roman lu en février sur quatre jours, un roman se déroulant en Israël, politique forcément, qui mêle situation du pays et théâtre. L'autrice elle-même anglo-palestinienne nous présente cette terre toujours disputée des décennies après le début du conflit.
On suit Sonia quasiment quarante ans, britannique et comédienne. Elle joue dans des pièces de théâtre classiques ou plus contemporaines à Londres et tente de passer les castings et de gagner sa vie de cette façon, ce qui n'est pas chose facile. Son père est palestinien et sa mère britannique, et sa sœur Haneen vit à Haifa en Israël, ville de son père où sa famille côté paternel possédait une grande maison de type palestinienne qui finalement a été vendue. Haneen vit dans cette partie nord du pays, balnéaire à majorité israélienne plutôt que palestinienne. Elle enseigne à la fac. Sonia arrive en Israël rejoindre sa sœur, souhaitant passer des vacances hors du Royaume-Uni et retrouver la terre de ses ancêtres. Elle retrouve sa sœur de laquelle elle s'était éloignée au fil du temps, n'habitant pas au même endroit et ne se voyant que peu souvent. Elle fait également la connaissance de Mariam, amie de Haneen, qui est metteuse en scène et souhaite monter la pièce Hamlet.
Sonia la rencontre, assiste à une des répétitions où palestiniens et cisjordaniens ( région du territoire officiel d'Israël peuplée par les palestiniens), jouent ensemble. Entre Majed, Amin, Ibrahim, Faris, George et Wael ( vedette star de 24 ans), les répétitions s'enchaînent et tous apprennent à jouer ensemble et à interagir les uns avec les autres malgré leurs différences et leurs parcours de vie. Sonia apprend à renouer avec la langue arabe, langue avec laquelle Hamlet sera jouée. Langue de son enfance, un exercice guère simple. Sur fond de tension politiques et religieuses, Mariam fait de son mieux pour maintenir le rythme des répétitions pour que tous soient prêts pour la première. Sonia prend les rôles de Ophélie ( femme de Hamlet) et Gertrude ( mère de Hamlet et reine du royaume du Danemark), pour donner la réplique aux uns et aux autres en attendant de trouver les actrices qui incarneront les deux rôles féminins.
Sonia vit au début avec sa sœur à Haïfa avant d'aller habiter Ramallah en Cisjordanie chez Mariam, ce qui est plus simple. On apprend alors que les deux femmes doivent à chaque fois passer les check-point gardés par les forces de l'ordre entre les parties dites "israéliennes" et "palestiniennes", et ceux-ci sont parfois longs et éprouvants, les gardes vérifiant leurs identités et les interrogeant. Situations que tous nos comédiens vivront souvent lors des allées et venues entre leurs domiciles et leurs déplacements pour la préparation de la pièce. Celle-ci avance malgré les menaces qui planent sur elle, Hamlet sur bien des aspects, faisant écho à la situation très particulière du pays où régulièrement des affrontements entre juifs et musulmans éclatent. Une pièce qui pourrait en déranger plus d'un...
Sonia est plongée dans le grand bain, n'étant pas revenue sur ces terres depuis bien longtemps, découvrant les conditions de vie et la présence des forces armées perpétuelles, la vérification d'identité et la vie loin d'être un long fleuve tranquille. Elle se rappelle le séjour à Bethléem alors qu'elle n'était qu'une enfant, qui l'a traumatisée, lorsqu'elle avait vu un jeune homme refusant de s'alimenter et mourant de faim. Une image qui ne l'a jamais quittée. Les allées retours entre Haïfa, Ramallah, Bethléem, Jérusalem, toujours dangereux car situés dans des zones du pays différentes et systématiquement sujettes à des contrôles d'identité. Un sentiment de danger permanent, qu'on ressent un peu mais que brièvement dans le récit, plutôt porté par la volonté de la metteuse en scène de faire naître Hamlet sur scène, incarné par Wael la star. Un séjour difficile mais nécessaire pour notre héroïne ayant le besoin de prendre du recul sur sa vie.
Une lecture que j'ai beaucoup appréciée, entre l'avancée de la pièce, une pièce que j'ai moi-même jouée lorsque j'étais en option théâtre au lycée, je me suis retrouvée dans les situations que la troupe vit lors des répétitions, les répliques dont je me souvenais, une pièce d'autant plus poignante que certaines répliques pourraient tout à fait convenir à la situation du pays et faire résonance. Un roman fort, juste, que j'ai pris beaucoup de plaisir à découvrir, afin d'en apprendre plus sur la situation d'un pays dont on entend beaucoup parler via les médias, mais bien moins par les civils vivant réellement sur place.
" Hamlet le long dur mur" de Isabelle Hammad, 24€

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