"Selon Barbara", c'est un roman dont m'a beaucoup parlé mon ancienne collègue et amie Maéva, insistant pour que je le lise. Elle me l'a gentiment prêté, et j'ai pu enfin le découvrir environ trois ou quatre semaines après qu'elle me l'ait prêté, au tout début du mois de juillet. Je la remercie infiniment pour ce précieux conseil, ayant adoré ma lecture, faite en deux jours. Un roman qui parle des femmes, de la maternité, de la condition de la femme, de la place de la femme tout simplement à l'époque en 1976.
C'est seulement le second roman que je lis de Sophie Astrabie, mais certainement pas le dernier. Une femme qui sait ce qu'est d'être femme, avec les contraintes que l'on nous impose, et les choses que l'on est censé faire parce qu'on est une femme. Je pense que le fait qu'elle soit également mère de trois petites filles aide beaucoup à cette volonté de nous transmettre cela via la lecture. On va donc suivre la fameuse Barbara, qui en 1976 vit un drame. Son nourrisson âgé de 10 jours, Charlotte, a été kidnappé. Et elle n'a jamais été retrouvée. Trente ans plus tard, elle mettra fin à ses jours, laissant derrière elle sa sœur Nathalie de quinze ans plus jeune. Notre héroïne.
Nathalie, devenue chroniqueuse judiciaire dans un journal, s'est toujours demandé ce qu'il s'était passé en 1976, et pourquoi sa sœur a décidé 30 ans après de mettre fin à sa vie. Alors qu'elle est en panne de sujets à investiguer et alors que ces questions continuent de la tarrauder, elle va demander à son chef de pouvoir travailler sur le mystère qui entoure la disparition de Charlotte alors qu'elle-même avait seulement 15 ans. Elle découd le fil de la vie de sa grande sœur Barbara, avec laquelle elle n'a jamais été très proche. La différence d'âge a beaucoup joué dans leur relation assez éloignée, puisque Barbara avait en effet 15 ans lorsque Nathalie est née. Rapidement elle n'a plus été à la maison, et elle est devenue une figure lointaine pour sa petite sœur, une sorte de parent ou de cousine que l'on voit de temps en temps.
Nathalie se retrouve donc sur une île complètement éloignée de Bretagne, l'île de Sein, s'étalant sur 2 km de long, et au maximum 500 m de large. Là-bas, elle fera la connaissance de Françoise, la gardienne du phare. À la mort de Barbara, celle-ci a laissé à sa sœur de l'argent, et des indices sur sa vie, afin qu'elle puisse remonter les mystères qui ont entouré sa vie. Barbara une jeune fille brillante qui a quitté un nid modeste, pour faire des études avant de devenir statisticiennes. Elle rencontra ensuite James, un anglais avec lequel elle se maria et resta cinq ans avant d'être enceinte. On est alors dans les années 70 et il ne faut pas oublier que les femmes sont considérées alors comme devant avoir des enfants, et devant rester à la maison pour s'en occuper. Un rôle qui ne convient pas du tout à la jeune femme, qui a envie, et a besoin de faire carrière et d'être indépendante.
On découvre alors la vie de cette femme brillante, avant d'être mère, et ensuite après, alors que sa fille a été enlevée. Un choc pour elle et son mari dont ils ne se sont jamais vraiment relevé. Une femme du nom de Patricia M, est alors accusée dans la disparition de l'enfant, ayant enlevé un autre bébé à la maternité. Elle clame son innocence mais pourtant elle fera quand même de la prison. Une jeune femme qui a vécu dans une famille violente, avant d'être placée dans des familles d'accueil où elle a été maltraitée, ignorée ou prise pour une bonne. Une vie qui ne s'est pas améliorée ensuite, entourée d'hommes instables, et ayant un perpétuel besoin d'affection. Le roman nous parle de plusieurs femmes, toutes différentes, mais ayant subi chacune des violences, ou simplement étant victimes de leur condition de femme. De la volonté tellement forte d'avoir un enfant, ou au contraire de ne pas en vouloir. Et devant donc suivre un certain chemin de vie. Lors du procès de Patricia, l'autrice écrit, "il ne s'agissait pas seulement de juger un acte, mais d'affirmer une limite claire afin de ne pas donner raison à ceux qui dénonçaient une forme de relâchement moral. La maternité pouvait être discutée, choisie, refusée, mais jamais appropriée » page 179.
Une époque alors où des lois importantes sont votées, comme la loi Simone Veil avec la possibilité de pouvoir avorter, selon la volonté ou pas du soignant. L'accès à la pilule, encore à cette époque très restreint. Ainsi que les boîtes à bébé, mises en place proches des hôpitaux, afin de permettre aux femmes qui ne peuvent/veulent ne pas être mères, de pouvoir donner leur bébé. Tant de sujets importants dans la vie d'une femme à cette époque. Patricia, malgré son rôle ingrat dans le récit, permet de nous faire prendre conscience que les enfants sont trop souvent mal considérés. Elle dit que la loi doit changer, afin que les enfants soient considérés comme des individus à part entière et pas des objets appartenant à leurs parents. Elle parle de la fameuse priorité à droite, une loi complètement arbitraire qui permet aux automobiliste venant de droite, d'avoir accès à la priorité. Un privilège qui leur est donné, dont certains abusent, « le droit donne à des gens l'illusion d'un pouvoir qu'ils saisissent en dépit du bon sens » page "359. En gros, puisque les choses sont comme ça, les gens continueront d'appliquer bêtement la loi qui leur a été imposée. Et de continuer dans leurs habitudes de vie même si celles-ci ne sont pas bonnes.
Une lecture engagée, qui parle de toutes sortes de sujets concernant les femmes, à l'époque mais encore actuellement, dans un très bon roman, nous offrant une vision du rôle et de la place des femmes. J'ai beaucoup aimé "Selon Barbara", qui est profondément humain, bannissant un peu la place de victime et de coupable, l'enfance et l'éducation, pouvant être largement responsables de nos choix de vie une fois adulte. Un gros coup de cœur que j'invite tout le monde, hommes et femmes à découvrir
"Selon Barbara" de Sophie Astrabie, 21€
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