Un titre que j'avais reçu dans mon rayon de la littérature française l'année dernière, et qui est sorti très récemment en poche. Je ne m'y étais pas intéressée à sa réception, difficile de s'intéresser et de lire tout, mais comme j'en avais entendu beaucoup de bien, j'ai profité de sa sortie poche pour me l'acheter et le lire. Je parle de « Moi qui n'ai pas connu les hommes » de Jacqueline Harpman. Un titre qui a en fait été réédité mais qui est paru pour la première fois en 1995 il y a donc 31 ans. J'ai profité de mon séjour à Paris pour retourner dans la très belle librairie La mouette rieuse située dans le Marais, pour me l'offrir. Je suis fière car ça a été mon seul achat de mon tout dernier séjour parisien du mois de juin. Il faut dire que j'y allais pour un enterrement de vie de jeune fille, je n'avais donc pas vraiment l'occasion de lire.
Dans ce roman très particulier, qu'on pourrait rapprocher d'une dystopie, on découvre 40 femmes enfermées dans une cave, devant vivre à l'intérieur d'une cage, surveillées 24 heures sur 24 par des gardes. Elles ne savent pas comment elles se sont retrouvées là, ni où elles se trouvent exactement. Elles n'ont pas le droit de se toucher, n'ont aucune intimité ni liberté, par exemple lorsqu'elles vont aux toilettes elles le font les unes devant les autres, et n'ont absolument aucun espace privé. Ces femmes sont âgées d'âges différents, viennent d'endroits différents, et ne se rappellent que peu de leur vie d'avant. Sauf pour notre protagoniste qui n'a pas de nom, la plus jeune d'entre elles, qui n'a connu que cette cave. On découvre alors des conditions de vie absolument horribles, qui ne dure qu'une petite partie du roman.
La plus jeune, grâce à des subterfuges, essaye de comprendre comment le temps s'écoule dans cet espace si particulier. Grâce aux battements de son cœur et à l'aide des femmes qui ont connu la vie d'avant, elle essaye de comprendre si les jours s'écoulent tous de la même façon. Si elles dorment le même nombre d'heures à chaque fois, si le repas est servi aux mêmes heures, et se rend compte que ce n'est pas le cas. Comme si le but était qu'elles n'aient absolument aucun repère temporel ni de lieu. La lumière est sans cesse allumée, elles mangent semblablement la même chose à chaque repas.
Un jour, la porte s'ouvre et les gardiens partent. Elles se retrouvent alors des années après avoir connu la liberté pour trente-neuf d'entre elles, libres. Que va-t-il se passer ? Pour des femmes qui n'ont plus jamais vu l'extérieur, qui n'était pas autorisées à se parler comme elles le souhaitaient ni à marcher plus de quelques pas par jour... Un récit absolument bouleversant, qui m'a passionnée, que j'ai adoré découvrir, à suivre ces quarante femmes du jour au lendemain libérées, et devant se débrouiller seules. Quels choix feront-elles ? Que se passera-t-il ?
Un roman qui pour moi es une métaphore des camps de concentration et des nazis, les femmes représentant les juifs enfermés pour une raison obscure, et les gardes représentant les nazis. Il faut savoir qu'une grande partie de la famille de l'autrice a été tuée durant la Shoah. Elle a toujours refusé de donner des explications quant à cette œuvre, mais pour moi il est clair qu'elle représente ce pan si important de son histoire. Véritable best-seller dans les pays anglophones, ce livre est en cours de traduction dans trente-quatre pays et qu'est-ce que je comprends. Pour moi elle est aussi emblématique que "1984" ou "Fahrenheit 451".
Vous l'aurez compris, je vous recommande vivement, chaudement, à 2000 % cette lecture qui fait 230 pages et qui est absolument brillante. Cela faisait quelques temps que je n'avais pas lu un livre qui m'avait autant emballée.
"Moi qui n'ai pas connu les hommes" de Jacqueline Harpman, 8.40€
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