Un titre que j'attendais pas mal de cette rentrée littéraire, c'était le tout dernier Rachid Benzine. Ayant seulement lu mais ayant beaucoup aimé "Les silences des pères", j'avais hâte de découvrir un nouveau roman de l'auteur. Avec ce nouveau "L'homme qui lisait des livres", court roman intense et en plein dans l'actualité, l'auteur parle de la Palestine et notamment de Gaza.
Notre héros est jeune français photographe. Julien de son prénom, se rend à Gaza pour son travail, afin de documenter l'actualité gazaouite au monde. Il tombe devant une petite librairie tenue par un vieil homme d'un âge indéterminé. L'homme lit tranquillement devant sa boutique, pleine de piles de livres en tous genres. Il semble en paix avec le monde et lui-même, comme tentant d'oublier la misère qui est en train de se dérouler autour de lui. Un havre de paix et de silence au milieu du vacarme, des bombes et de la guerre. Une image forte que Julien est déterminée à immortaliser, avant de se faire interpeller par cet homme qui lui dit qu'avant de se laisser prendre en photo, il va lui raconter son histoire. Une façon d'humaniser ce vieil homme qui pourrait être n'importe qui. Un homme cultivé parlant français, arabe, anglais, capable de lire dans plusieurs langues.
Nabil Al Jaber lui raconte alors sa naissance en 1948, premier jour de l'année, alors que la Palestine commence à se faire rayer de la carte. Sa mère ayant à peine accouché, doit partir avec son mari et son fils ainé dans une brouette pour fuir. La famille arrive à Nazareth où ils restent deux mois, avant de rejoindre Aqabat Jabr un camp de réfugiés près de la mer morte. La situation devant durer quelques jours se prolonge plusieurs années durant, ayant ensuite rejoint un autre camp de Gaza encore plus grand et miséreux. Des milliers de familles s'entassent, ayant fui des zones prises par les israéliens en quête de leur nouveau territoire. Ces palestiniens s'enfuient de peur d'être tués et vivent longuement durant dans des conditions de vie plus que précaires. Nabil grandit alors dans cette misère entre son grand frère Moussa petit garçon intelligent et sa petite sœur.
Grandissant dans une double culture, musulmane de par sa mère se rendant dans la petite mosquée du camp et son père chrétien fréquentant l'église, Nabil est entouré des sourates du Coran et de versets de la Bible, entouré de personnes croyantes, l'aidant dans son quotidien. Une ouverture d'esprit qu'il aura très jeune. Les conditions de vie s'améliorent dans le camp de Jabaliya où son père travaille et où il y rencontre Hiam celle qui deviendra sa femme. Le vieil homme interrompt son récit régulièrement pour parler d'un ouvrage en particulier, grâce auquel il alimente son récit. "Le petit prince" Si c'est un homme" "Hamlet", tant d'ouvrages étrangers qui ont aidé Nabil à tenter de grandir et de vivre dans ce pays sans cesse bombardé, manquant chaque jour de mourir. Il n'hésite pas à prendre les armes pour défendre son pays quitte à se retrouver dans une situation compliquée...
Une histoire profondément humaine, de la rencontre entre un occidental ne connaissait pas la guerre, et un palestinien, n'ayant connu que la guerre, situation sans fin et sans grand espoir. Nabil mise sur la culture pour le bien-être et l'ouverture d'esprit, une librairie étant une porte ouverte sur le monde, même si celui-ci est en pleine destruction. Un très beau roman.
"L'homme qui lisait des livres" de Rachid Benzine, 18€

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