Cinquième titre de la rentrée littéraire que je découvre avec le premier aux éditions du Seuil, éditeur dont je lis rarement quoi que ce soit, c'était donc l'occasion. Ayant pas mal entendu parler de "Pauvre folle" son titre précédent, j'étais donc curieuse en recevant le nouveau titre à paraître de Chloé Delaume lors de la rentrée littéraire à venir (au moment où j'écris, qui est dans deux mois et demi). Le résumé mettait déjà les bases du récit avec un roman sur la violence conjugale, le rapport dominant dominé, mais également l'amitié.
On suit Clotilde la cinquantaine, qui lors d'un week-end prolongé avec quatre amies, revient dans la maison où elle a vécu vingt ans auparavant avec "Monsieur". Un homme de vingt ans plus âgé qui sous prétexte d'amour, fit d'elle sa "Madame", lui disant souvent combien il l'aimait. Sous ce prétexte, il abusa d'elle pendant des années, on le découvrira au fil du récit. Apprentie écrivaine, Clotilde alors âgée de 30 ans, tomba sous le charma de cet homme de 18 ans son aîné, lui aussi auteur notamment de faits historiques, un homme propre sur lui, bourgeois mais habillé de façon vieillotte. Pour autant, Clotilde fût flattée qu'un tel homme s'intéresse à elle. Elle accepta donc de vivre avec lui, à l'époque où elle vivait de façon précaire. Elle emménagea avec lui dans une grande maison, sur les traces de la vie de couple de Monsieur et de son ex Marie-Do.
L'homme a déjà deux grandes filles, sa nouvelle compagne est à peine plus âgée qu'elles, et devient un papa gâteux quand ses filles sont dans les parages. Clotilde n'a aucune intention d'être mère, et n'arrive pas à s'entendre avec ses belles-filles. Durant ce week-end entre amies, l'une d'elles ayant choisi cette maison pour leurs vacances sans savoir que Clotilde y vivait auparavant, les réflexions de celles-ci surgissent au fur et à mesure, le lecteur découvrant l'horreur vécue pendant des années. Elle se plia à ses quatre volontés tant au niveau de la bonne ménagère avec repas, entretien de la maison, façons de vivre: Clotilde aimant fumer, devait se cacher pour le faire, Monsieur détestant l'odeur de la cigarette. Monsieur n'aimait pas la musique, pas les comédies, beaucoup de choses auxquelles Clotilde dut se plier pour le satisfaire. Elle s'oublia par amour et devint la chose de Monsieur également dans l'intimité de leur lit, sans qu'il se préoccupe de ses besoins à elle.
On assiste donc à une réelle relation malsaine et perverse d'un homme en mal d'amour, grand narcissique, se préoccupant uniquement de lui et faisant sentir à sa Madame, qu'il avait le pouvoir. Ils devinrent alors Madamonsieur. Clotilde se remémore tout cela dans le présent, dans la chambre qu'elle occupe qu'elle connaît si bien. Ses amies Hermeline, Judith, Bérangère et Adelaïde ne sont pas au courant de comment était leur amie avant leur rencontre, elles ne savent pas à quel point la honte la poursuit. Un soir elles en partagent plus sur elles, et les amies de Clotilde découvrent alors la vérité. A quel point Clotilde était sous le joug de cet homme, financièrement, occupée à essayer d'écrire, après le succès de son roman. Une des raisons pour lesquelles elle ne put partir malgré tout ce qu'il lui fit subir.
Un roman sur les violences conjugales, sur la place de victime et de bourreau, du rapport de dominant et dominé. Il nous rappelle la difficulté de savoir dire non, l'emprise masculine, l'amour et ses limites, et la force de la sororité.
"Ils appellent ça l'amour" de Chloé Delaume, 19€
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