Un nouveau titre de la rentrée littéraire que m'a prêté mon ancienne collègue qui l'a lu et approuvé. Il est en lice pour le prix Première plume organisé par le groupe furet du Nord/Decitre auquel j'appartenais, j'avais donc hâte de le découvrir. C'est donc le troisième titre que je lis appartenant à cette sélection, ayant clairement été validé. Une lecture forte, sur l'exil et l'immigration.
On pourrait penser qu'il s'agit d'un roman autobiographique ou d'une auto-fiction, mais il n'en est rien. L'auteur est comme son personnage haïtien émigré au Québec, mais pour autant ce n'est pas sa vie. Le livre publié chez un éditeur québécois, Les éditions du Boréal cette année, a directement connu pas mal de succès, et suscité de l'intérêt pour des traductions en de diverses langues. Ça a été le cas de la langue française avec l'éditeur Grasset qui publie en cette rentrée littéraire l'auteur d'origine haïtienne. Je précise que cette rentrée littéraire a été choisie par Olivier Nora.
J'ai donc suivi pendant deux jours l'exil de Jonas Dorléon haïtien, qui suite à l'embrasement de son quartier de Port-au-Prince, cet homme prof d'histoire géographie, décide de partir. Il embarque son sac Carrefour avec lui, prend seulement quelques affaires et part. Il traversera plusieurs pays, effectuera une épopée de plus de 12 000 km pour atteindre Québec au Canada où il restera. Car il a un pied-à-terre là-bas, sa cousine pourra l'accueillir. Ce roman c'est donc ça, le récit d'un exil, de toutes les épreuves qu'il traversera pour atteindre son point d'arrivée. Le tout début du roman nous présente une ambiance apocalyptique lorsque son quartier de Carrefour-Feuilles est mis à sang et à eau. Il se transformera en un migrant comme tant d'autres avant et après lui. "Un migrant qui passe une frontière, c'est comme un serpent qui se glisse sous un tapis. Ça rampe, ça tremble, ça prie, et à la fin soit il ressort vivant, soit il reste écrasé sous la semelle du monde » page 34.
La première étape est donc de franchir la frontière entre Haïti et la République Dominicaine. Ce pays dans lequel se rendent beaucoup d'occidentaux sans réaliser ce qu'il s'y passe vraiment, et sans même imaginer ce qu'il se passe dans le pays voisin. Un réel clivage entre "Les uns qui nagent dans une piscine bleue, les autres se cachent des policiers en uniforme bleu. Deux mondes sur la même île. Deux soleils pour la même mer. Et moi, quelque part entre les deux, j'ai essayé de comprendre comment un pays pouvait être à la fois carte postale et purgatoire » page 69. Jonas va rencontrer différentes personnes qui auront plus ou moins de l'importance dans sa fuite. Il fera confiance à des personnes qui se moqueront de sa crédulité et de son désespoir."Tu es né au mauvais endroit mais tu peux renaître au bon moment » page 78.
Au total, il traversera donc Haïti, la République Dominicaine, le Brésil, le Chili, l'Équateur, le Costa Rica, le Honduras, le Mexique, les États-Unis, afin d'atteindre enfin le Canada. Il vivra au rythme des rencontres avec les uns et les autres, de la chance ou de la malchance qu'il rencontrera, gardant toujours espoir d'atteindre son but. On écorchera son nom, il ne saura plus vraiment qu'il est, mais le but final reste ancré dans sa tête. On ne sait pas combien de temps dure ce périple infernal, mais on garde la foi, du moins je gardais foi en lui, qu'il arrive dans une vie meilleure.
On se rend compte de l'absurdité du système, on assiste impuissant à la mort de certains, au refus de l'accueil des autorités pour d'autres. Bref finalement c'est la vie de beaucoup trop de personnes sur cette planète, et le découvrir via ce livre est une chose très importante je trouve.
" C'était ça ou mourir" de Thélyson Orélien, 21.50€
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