Le second titre de la rentrée littéraire que je lis, avec « Liberty », un roman dont j'ai beaucoup aimé la couverture et dont le résumé, comme je le dis souvent mais c'est vrai, a attisé ma curiosité. D'autant que pour une fois on n'y parle pas que de la minorité afro-américaine aux États-Unis, mais également celle des peuples autochtones, victime de dépossession de désappropriation et d'acculturation. Un roman riche en sujets, assez fort, singulier également de par certaines thématiques abordées, un vrai beau roman de vie.
On suit donc Assa, âgée de huit ans au tout début du roman. Alors qu'elle perd sa grand-mère, elle se retrouve seule sous un pont, recueillie par quatre femmes oubliées du monde. Parmi elles, se trouve Liberty, la narratrice. Nous sommes alors en 1947 à New York. Finalement notre jeune orpheline ira pendant plusieurs années dans un orphelinat, où elle apprendra à traîner avec les bonnes personnes, indispensable à sa survie. D'autant que les États-Unis sont alors, peut-être plus que maintenant ou peut-être pas, obsédés par la couleur de peau. Or notre jeune héroïne a le visage foncé. D'aventures en aventures, elle se retrouvera avec un pied abîmé, la peau griffée, subissant le handicap, et les regards extérieurs. Comme si sa couleur de peau n'était pas suffisante.
Elle deviendra alors brillante à l'université de Howard, avant de continuer à Colombia, où elle fera la connaissance de personnes importantes dans sa vie. Elle n'oubliera jamais son passé, notamment Rose, une de ses acolytes à l'orphelinat dont on ne sait pas vraiment ce qu'elle est devenue. Elle s'accrochera intensément à ses études, ne participant à aucune activité si elles n'ont pas lieu directement avec ses cours. Une jeune fille diligente, qui a tout à prouver. Cependant elle sera libre. Libre de choisir ce qu'elle souhaite étudier, libre de choisir ce qu'elle souhaite faire comme travail, cassant alors un peu les codes de l'époque. Les fantômes du passé continueront de se faire entendre, tandis qu'elle rencontrera une jeune femme très engagée dans la lutte pour les afro-américains, Robin. Elle vivra alors des luttes pour les droits des afro-américains comme des amérindiens, ces derniers étant directement liés à sa propre histoire.
Elle se retrouvera jusqu'au Nouveau-Mexique dans la ville d'Acoma, où elle en apprendra plus sur sa grand-mère de son vivant, Taima. Celle-ci toujours accompagnée de sa meilleure amie "Belle étoile", les deux jeunes filles se retrouveront sous le joug des blancs, souhaitant les convertir à leur mode de vie, les dépossédant de leurs racines, us et coutumes et identités la plus profonde. Un moment du roman que j'ai particulièrement apprécié car je trouve qu'il est assez rare de parler des peuples autochtones qui étaient là avant les colons aux États-Unis. La façon dont ils étaient traités, ce qu'ils ont enduré, n'est pas quelque chose dont on parle beaucoup je trouve, malheureusement. J'ai alors découvert que la langue utilisée par ce peuple s'appelait le "keresan", représentant une petite famille des langues amérindiennes notamment parlée dans l'état du Nouveau-Mexique.
L'histoire ira jusqu'en 2013, au lendemain de la mort du jeune garçon Trayvon Martin, mort injuste donnée par Georges Zimmerman, creusant encore plus en profondeur dans le racisme et les injustices vécues par la population afro américaine. Une histoire qui suivra notre héroïne pendant plus de 50 ans, une femme forte, qui malgré la peine, les difficultés de la vie liées à son identité, ne se laisse pas abattre, et nous dresse alors un magnifique portrait de femmes exemplaire, qui tente de renouer avec son identité.
"Liberty" de Arnaud Rozan, 21€
Commentaires
Enregistrer un commentaire