Un titre de la rentrée littéraire aux éditions Récamier, éditeur que j'aime également beaucoup, ayant lu plusieurs très bons titres publiés chez eux dont "C'est l'histoire d'un amour" ou "Le printemps reviendra". Il s'agit du second éditeur dont je découvre la rentrée littéraire après l'Iconoclaste, et la coïncidence est que les deux titres incluant celui-ci et le prochain dont je vais vous parler, m'ont été gentiment dédicacés par les auteurs. Mon ancienne collègue me l'a sympathiquement donné ainsi que plusieurs autres, car on ne peut pas tout lire et s'intéresser à tout. J'étais donc ravie de pouvoir lire celui-ci « Les récidives » de Fabienne Périneau. L'écrivaine française a déjà écrit plusieurs titres dont « Oser sortir et crier » ayant reçu le prix Marguerite Duras en 2025, que j'avais reçu en librairie mais que je n'avais pas lu. Idée donc à l'avenir de lecture.
Pour celui-ci, dont le sujet m'a fortement intriguée, et que j'ai lu en deux jours, on va suivre la vie à l'intérieur et à l'extérieur d'une prison. On découvre Alice, une comédienne qui durant trois semaines va intégrer une prison pour femmes la journée et ressortir chaque soir, afin de documenter la vie de ces femmes isolées. Afin de redonner une humanité à ses femmes, et à raconter la réalité de l'incarcération. Ces femmes punies par la société, ayant chacune des histoires à raconter. Qui ont laissé des familles à l'extérieur, des mères, des enfants, qui sont en prison depuis trois, cinq, plus de 10 ans. Durant ces trois semaines, Alice fait donc la connaissance de Peggy, Myriam, Coralie, Yasmine, Camélia, Mellinda, Lisa, Douchka et surtout Stella. Une jeune femme de 20 ans qui a fait un an de prison pour une raison qu'on ignore, qui sort de prison dès le début du roman. Cette jeune femme qui a eu une enfance et une adolescence assez compliquée entre un père absent et violent duquel la mère s'est séparé, et ayant vécu un remariage et une seconde union avec de nouveaux frères et sœurs. Une jeune femme qui dès le début du roman, tente de réintégrer la vie normale, au milieu de sa mère, son beau-père et ses frères et soeurs qui ont continué à vivre. Stella qui porte toujours des vêtements noirs, et durant les répétitions ne s'est jamais séparée de son blouson en cuir.
D'un autre côté Alice, notre comédienne qui joue le spectacle dans lequel elle s'est immergée, aux côtés de sa meilleure amie Nelly. Elle invite donc les filles qui ont pu sortir pour assister à la première mais aucune ne viendra. Celle-ci est un franc succès. Alice tente de renouer avec celles qui sont sorties, tandis que la vie à l'intérieur de la prison continue de se dérouler. Le roman nous donne à voir plusieurs points de vue, celui d'Alice bien évidemment ayant elle-même eu des rapports conflictuels avec sa fille Emma, qui fait écho à Valérie la mère de Stella dont on suit inlassablement le désarroi et la tristesse des rapports qui n'ont cessé de ce déliter avec sa fille jusqu'à la prison. Le point de vue de Stella également, une jeune femme vulnérable qui a tellement de haine en elle qu'elle ne sait pas quoi faire. Il y aura une sorte d'épopée dans le roman durant laquelle elle reprendra contact avec ses anciennes co-détenues, et même avec celui en grande partie responsable de la situation dans laquelle elle est psychologiquement et physiquement.
Une écriture brute, ciselée, qui suit plusieurs femmes, le lecteur devant en permanence bien suivre de qui on parle. La réalité du monde tout simplement, les blessures et les violences subies par ces femmes d'âges et de milieux sociaux différents, qui se retrouvent dans la même situation et le même endroit, la prison. Au sens littéral du terme pour certaines, enfermées et empêchées de leurs mouvements, mais également au sens figuré du terme, pour celles qui ne vivent pas l'enfermement physique mais plutôt psychologique. Et si finalement les récidives n'étaient pas celles auxquelles on pense à première vue ?
Une lecture profondément humaine, qui nous amène à voir les choses d'une autre façon, à comprendre ces femmes, à ne pas les juger sur une peine de prison mais à s'attarder sur qui elles sont vraiment. Et sur ce qu'elles ont subi pour en arriver là. Une lecture en plein dans l'actualité, par rapport aux violences faites aux femmes, travaillée d'une façon subtile, poignante, subtile et efficace.
"Les récidives" de Fabienne Périneau, 20€
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